fbpx

Je dois dire que jusqu’à récemment, la seule chose que je ne connaissais d’Okayama (岡山) était la légende japonaise racontant les exploits héroïques de Momotaro, le garçon né dans une pêche qui finit par purger le territoire de ses démons. Ce n’est qu’en visitant la ville pour la première fois que j’ai découvert qu’elle regorgeait de divertissements aussi nombreux qu’intemporels : pêches, poteries, peintures Nihonga, sushi à l’ancienne, onsen de montagne et jardins de plaisance pour contempler la lune.

Korakuen : une promenade tranquille dans un grand jardin japonais

Si l’activité principale de la ville moderne se situe dans les rues commerciales qui entourent la gare centrale d’Okayama, son cœur historique se trouve dans le jardin de Korakuen (後楽園). Ce célèbre jardin de la période Edo fut construit sous l’impulsion du daimyo Ikeda Tsunamasa en 1700. Il est ouvert au public depuis 1884.

En quittant le centre-ville, je roule à peine une dizaine de minutes à vélo pour rejoindre les touristes, résidents et autres ornithologues amateurs qui arpentent l’îlot du Korakuen en long et en large sur la rivière Asahigawa.

Le Korakuen est souvent cité parmi les trois plus beaux jardins du Japon (日本三名園), selon un livre touristique destiné aux étrangers paru en 1904. Après avoir survécu à une inondation sévère en 1934 et aux bombardements de la guerre de 1945, le Korakuen a été fidèlement préservé au fil des ans grâce aux plans et aux illustrations détaillés documentés par le clan Ikeda.

À l’intérieur du jardin, je flâne le long de vastes pelouses vertes, en passant par des chemins tranquilles qui parcourent un bosquet de bambou et des collines en fleurs. Je m’arrête devant des étangs plein de carpes dans lequels se reflète un paysage ponctué de maisons de repos, de pierres, et des ponts en bois enjambant des ruisseaux.

Le jardin comprend également les restes d’un terrain d’équitation et d’un champ de tir à l’arc, on s’imagine volontiers un seigneur féodal s’adonnant à ses loisirs en temps de paix. Chaque printemps, on peut se rendre au Korakuen pour cueillir du thé ou pour planter du riz. À l’automne, on peut assister à des représentations de théâtre nô sur la scène traditionnelle reconstruite en plein air.

Passerelle en planches de bois

Je découvre aussi les grues à couronne rouge, ou grue du Japon (タンチョウ鶴), une espèce menacée qui vit au Korakuen dans une grande volière au nord du jardin. Symbole japonais de bonne fortune et de longévité, les grues se promenaient en liberté au Korakuen jusqu’à leur disparition après la Seconde Guerre mondiale, puis y furent réintroduites en 1956. Si vous voulez les voir de plus près, consultez le calendrier du site officiel pour connaître la date et l’heure de leur prochaine promenade dans le jardin, ou venez pendant le nouvel an pour assister à une cérémonie en leur honneur.

Vue royales depuis le Château d’Okayama

Je sors du jardin par la porte sud et suis la promenade piétonne qui mène au Château d’Okayama (岡山城). Comme beaucoup de tenshukaku (天守閣, châteaux en forme de tour) qu’on trouve dans la région, son architecture est caractéristique de la période Azuchi-Momoyama de la fin du XVIe siècle. Les planches noires qui protègent ses murs extérieurs lui donnent le surnom d’Ujo (烏城), le château du « corbeau noir » d’Okayama qui s’oppose au célèbre « château du héron blanc » de la ville voisine de Himeji.

Château d’Okayama
Le Château d’Okayama au-dessus de la rivière Asahigawa

Le Château d’Okayama fut fondé par le seigneur Ukita Hideie en 1597 et peu à peu élargi pour regrouper un entrepôt de sel, 35 tourelles et 21 portails. En 1869, les bâtiments principaux deviennent la propriété du gouvernement Meiji qui les conserve jusqu’à ce qu’un raid aérien, le 29 juin 1945, brûle la plus grande partie du complexe. Le seul bâtiment de la partie centrale du château à résister est la Tsukimi Yagura (月見櫓, tourelle pour observer la lune) qui date de 1620.

Le tenshukaku actuel du Château d’Okayama et ses trois grands portails furent reconstruits en 1966 (avec du granit venu d’Inujima). Le bâtiment principal a été transformé en musée, avec ascenseur, café, boutique au sous-sol, et même un atelier de poterie traditionnelle Bizenyaki (備前焼). On y trouve également une réplique de la chambre d’un seigneur, des sabres, des calligraphies, des objets de laque, des armures cousues ornées et de vieilles lettres adressées aux différents seigneurs du château. Montez aux 5e et 6e étages pour profiter d’une vue magnifique sur les environs.

Art et design au Musée d’Art Yumeji

Juste en face du jardin Korakuen, sur la rive nord, se trouve un lieu plus contemporain. Le Musée d’Art Yumeji (夢二郷土美術館) est consacré à la vie et aux œuvres de Takehisa Yumeji (竹久夢二), l’artiste romantique le plus célèbre du Japon de la période Taisho (1912-1926). On repère tout de suite le musée grâce à la girouette qui se trouve sur le toit du bâtiment, reconverti à partir de l’ancienne gare de Korakuen en 1984. Malgré les influences européennes et les motifs cosmopolites de cet artiste prolifique, Yumeji est resté fidèle à la ville d’Okayama, où il est né en 1884.

Éventail sur le toit du Musée d’Art Yumeji à Okayama

Peintre, poète, illustrateur et graphiste autodidacte, Yumeji s’est fait connaître après avoir remporté le premier prix du concours d’illustration du magazine Chugakusekai (中学世界) à l’âge de 22 ans. Il a ensuite conçu et publié ses propres livres de poésie, dessiné des couvertures de livres, des caricatures de journaux, des magazines, des cartes postales et des partitions de musique, juxtaposant souvent des graphismes ultra modernes à des éléments japonais traditionnels. On remarque sa grande sensibilité aux thèmes de l’enfance et de la jeunesse, des travailleurs et de la culture populaire de tous les milieux sociaux japonais de l’époque. En même temps, Yumeji développait ses fameuses illustrations Nihonga (日本画, style japonais) de bijin (美人, belle femme) d’inspiration occidentale, en peintures à l’huile, aquarelles, gravures sur bois et autres estampes.

La collection entière du Musée d’Art Yumeji comprend quelque 3000 œuvres et documents, tous soigneusement collectés et documentés par trois générations de collectionneurs et de directeurs du musée. Plusieurs centaines d’œuvres sont numérisées afin de pouvoir les examiner en détail sur un grand écran. Quatre fois par an, une nouvelle exposition thématique met en lumière un aspect particulier de l’œuvre de Yumeji. Le jour de ma visite, c’est une exposition était dédiée aux mots et aux livres de l’artiste.

Depuis 2017, le musée a sa mascotte : Kuronosuke (黑の助), un chat noir sauvé de la circulation routière devant le Korakuen, et qui ressemble étrangement aux illustrations originales de Yumeji.

Un café artistique et la boutique du musée prolongent l’immersion dans l’univers de Yumeji à travers la vente d’estampes et de produits originaux dans un cadre gourmand. En plus de sucreries originales, le café sert du chiyagyu (千屋牛), un bœuf de luxe provenant du nord de la préfecture d’Okayama.

Salle de café
Le “Art Café Yumeji”, accolé au musée dédié à l’artiste natif d’Okayama

Les délicieux sushis à l’ancienne d’Okayama

Dans le quartier commercial de Hokancho, le restaurant de sushi Fukuzushi (福寿司) est spécialisé dans le sawara (鰆, maquereau espagnol). Selon le chef, c’est le sawara qui fut à l’origine du barazushi : un style de sushi haut-de-gamme préparé autour de Bizen, Saidaiji et Okayama entre le début de la période Meiji jusqu’aux années 1930. Le barazushi consiste en un mélange de poisson cru et d’autres ingrédients posés sur du riz vinaigré. Contrairement au chirashizushi, qui mélange divers poissons populaires comme le saumon et le thon, les ingrédients du barazushi sont beaucoup plus variés et subtils, et surtout ne sont assaisonnés d’aucune sauce soja.

Barazushi servi dans un bol en terre cuite
Le Bizen Barazushi chez Fukuzushi

Le chef Kubota prépare le Bizen Barazushi (備前ばらずし) à l’ancienne, reproduisant fidèlement de ce plat historique en utilisant uniquement des ingrédients frais, naturels et locaux. En le découvrant pour la première fois, j’ai été captivée par ce somptueux mélange de saveurs et de textures présentés dans un grand bol en terre cuite : sawara (maquereau espagnol) et mamakari (petites sardines japonaises) marinés dans du vinaigre, kotai (petite daurade) citronnée, anago (anguille de mer) salée, mogai (coquillage), racine de lotus croustillante, racines de gobo (bardane) mœlleuses, haricots verts croquants, gourde juteuse, gingembre rose épicé, douces noix de ginkgo, champignons shiitake succulents, tiges de taro tendres et une châtaigne entière.

C’est le vinaigre qui donne son goût de base au plat. Le chef me conseilla de mâcher lentement pour laisser me temps au goût de chaque ingrédient de s’imprégner dans mon palais. Je terminai mon repas en grignotant une délicate feuille de fougère qui laisse des saveurs douces-amères sur la langue.

Baignade des les eaux thermales de la montagne d’Okayama

À moins d’une heure de train au nord de la gare centrale d’Okayama se trouve le village rural de Takebe, situé dans la montagne, aux abords de la rivière Asahigawa. Là, je me retrouve parmi les rizières et la faune sauvage : des faucons en plein vol, une grue blanche au milieu d’un champ jaune, un cygne flottant tranquillement sur la rivière, des tortues se réchauffant sur les rochers. En roulant à vélo sur la route principale, je passe devant des champs et des maisons pour emprunter un chemin qui pénètre dans la forêt, puis qui serpente le long de la rivière.

La rivière Asahigawa à Takebe au nord d’Okayama

Le soir, c’est le moment de profiter des sources thermales naturellement chaudes de la montagne. Le luxueux Takebe Yahata Onsen (たけべ八幡温泉) propose plusieurs types de bains, dont le gensenyu (源泉湯), où l’eau chaude est puisée directement à la source. Il propose aussi deux rotenburo (露天風呂, bains en plein air) et quatre bains intérieurs de styles et de températures différents, dont le neyu (寝湯) où vous pouvez vous allonger avec vue sur la terrasse.

Passez la nuit dans une chambre traditionnelle en tatami avec terrasse et vue sur la rivière, puis le lendemain matin, dégustez un petit déjeuner japonais en contemplant des paysages verdoyant. Si vous voulez encore vous tremper les pieds, il y a aussi un ashiyu (足湯, bain de pieds) gratuit à l’extérieur du bâtiment.

En arrivant dans la soirée, j’ai apprécié le calme et l’air frais de la montagne à l’extérieur de la gare et j’ai pris plaisir à me promener sur les nombreux ponts qui traversent la rivière. Si la saison des amours des lucioles s’était achevée, les grillons chantaient encore. Lors d’une nuit claire, n’oubliez pas de lever les yeux vers le ciel. Même si la lune n’est pas là, vous verrez certainement les étoiles.

Comment se rendre à Okayama

Okayama (岡山) est accessible par la ligne de shinkansen Tokaido, à un peu plus de 3 heures de Tokyo, à 1 heure de Kyoto, ou à 35 minutes d’Hiroshima. Vous pouvez également y accéder par d’autres lignes de train avec un Japan Rail Pass.

Okayama est une ville riche et variée, marquée par une histoire qui remonte jusqu’à l’époque féodale du Japon. Que vous désiriez parcourir le centre ville à la recherche de vestiges historiques ou vous détendre dans un onsen isolé dans les montagnes, suivez l’exemple du légendaire Momotaro pour vous lancer dans votre propre aventure personnelle.

Article écrit en partenariat avec la ville d’Okayama

Cherise

Cherise

Originaire de San Francisco, résidente de Tokyo, voyageant de préférence à bicyclette, en train et en bateau, toujours à la recherche de nouvelles pistes et de perspectives uniques pour imaginer des écologies futures.

Laisser un commentaire


X