Dans la r\u00e9gion de Hida, situ\u00e9e dans l’ouest des Alpes japonaises, au nord de la pr\u00e9fecture de Gifu, on peut ressentir l’atmosph\u00e8re du Japon traditionnel. Cette r\u00e9gion est aujourd’hui c\u00e9l\u00e8bre pour abriter le Takayama Jinya, ancien si\u00e8ge du gouvernement de la province de Hida sous d\u00e9pendance directe du shogunat d\u2019Edo, et seul b\u00e2timent historique de ce type pr\u00e9serv\u00e9 jusqu’\u00e0 notre \u00e9poque. Elle apporta aussi sa contribution aux traditions du Japon : il y a environ 1300 ans, ses \u00e9b\u00e9nistes particip\u00e8rent notamment \u00e0 la magnificence de Nara et Kyoto. Ces techniques sont encore utilis\u00e9es aujourd’hui dans la production d’objets d’art et d’artisanat, \u00e9b\u00e9nisterie en t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n
Au c\u0153ur d\u2019une r\u00e9gion montagneuse, au milieu des for\u00eats, Hida cultive ses traditions et son art de vivre.Les charpentiers et les \u00e9b\u00e9nistes, appel\u00e9s \u00ab <\/strong><\/strong>Hida Takumi \u00bb<\/strong><\/strong><\/strong>, les \u00ab ma\u00eetres b\u00e2tisseurs de Hida<\/strong> \u00bb<\/strong>, exercent dans la r\u00e9gion depuis plus de 1300 ans.<\/strong> Ils b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent des ressources naturelles de la pr\u00e9fecture de Gifu<\/a>, compos\u00e9e \u00e0 80 % de montagnes recouvertes de for\u00eats. Les artisans menuisiers de Hida y trouvaient tout les bois dont ils avaient besoin : cypr\u00e8s, c\u00e8dre du Japon, pin rouge, ch\u00e2taignier, h\u00eatre\u2026<\/p>\n\n\n\n
\u00c9rig\u00e9 au XVIIe<\/sup> si\u00e8cle, le Takayama Jinya<\/strong><\/a> (\u9ad8\u5c71\u9663\u5c4b) fut le si\u00e8ge r\u00e9gional du bakufu<\/em> d\u2019Edo<\/strong> (le gouvernement militaire du shogunat) entre 1692 et 1868. Ce bureau r\u00e9gional se situait sur la route Nakasendo, entre Edo (actuelle Tokyo) et Kyoto<\/a>. Le bakufu<\/em> gouvernait 60 provinces de diverses r\u00e9gions de l\u2019Archipel, tandis que les daimyo<\/em> (seigneurs f\u00e9odaux) gouvernaient des fiefs. Le Takayama Jinya est l\u2019unique b\u00e2timent du genre existant encore au Japon<\/strong> et est class\u00e9 \u00ab site historique national \u00bb.<\/p>\n\n\n\n
On lit ici comme dans un livre ouvert la vie des gouverneurs de l’\u00e9poque d’Edo<\/strong>. Ils recevaient en audiences les samoura\u00efs dans la salle de conf\u00e9rence, recouverte de 49 tatamis. C\u2019est ici qu\u2019\u00e9taient act\u00e9es les politiques du shogunat. Elles reposaient sur les principes du confucianisme, qui pr\u00f4nait la morale, cultivait le respect de la hi\u00e9rarchie et de l\u2019ordre social. Quant aux jardins japonais, ils sont typiques de l\u2019\u00e9poque d\u2019Edo.<\/p>\n\n\n\n
En 1867, lorsque le pouvoir passa entre les mains du nouvel empereur Meiji, le bakufu<\/em> et le Takayama Jinya perdirent leurs pr\u00e9rogatives.<\/p>\n\n\n\n
Un circuit de d\u00e9couverte permet de faire le tour de la dizaine de temples de Hida. Le p\u00e8lerinage rituel de San Tera Mairi consiste \u00e0 aller prier dans trois temples<\/strong> (San Tera). Il se fait chaque ann\u00e9e le 15 janvier, veille de l\u2019anniversaire de la mort de Shinran Shonin, le fondateur de la secte bouddhiste japonaise Jodo-Shinshu. La coutume perdure depuis pr\u00e8s de 3 si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n
Premier des trois temples, le temple Enko-ji<\/strong> (\u5186\u5149\u5bfa), au bord de la rivi\u00e8re Miya (\u5bae\u5ddd), appartient \u00e0 la secte Jodo Shinshu Nishi Hongan-ji (\u6d44\u571f\u771f\u5b97 \u897f\u672c\u9858\u5bfa), \u00ab temple du v\u0153u originel \u00bb. Des tortues ornent les avant-toits du pavillon principal. Elles sont r\u00e9put\u00e9es pour avoir prot\u00e9g\u00e9 le temple des flammes lors du grand incendie de Furakawa en 1904. Ces d\u00e9corations sont d\u00e9sormais appel\u00e9es \u00ab mizu-yobi no kame<\/em> \u00bb, \u00ab les tortues qui appellent l\u2019eau \u00bb.<\/p>\n\n\n\n
La silhouette du temple de Shinshu-ji<\/strong> (\u771f\u5b97\u5bfa) se dessine quant \u00e0 elle aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un pont rouge qui traverse la rivi\u00e8re Araki, peu avant son embouchure avec la rivi\u00e8re Miya. Seul son kyozo<\/em>, b\u00e2timent destin\u00e9 au stockage des sutras, a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019incendie de 1904.<\/p>\n\n\n\n
Le temple de Honko-ji (\u672c\u5149\u5bfa) est la 3e<\/sup> \u00e9tape du p\u00e8lerinage. Son hall d\u2019entr\u00e9e en bois de cypr\u00e8s<\/strong> a \u00e9t\u00e9 reconstruit en 1913. Faisant partie des plus grandes constructions en bois de la vall\u00e9e, ce temple t\u00e9moigne de la quintessence des techniques architecturales des charpentiers de Hida<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n
Les l\u00e9gendes locales sont hant\u00e9es par le d\u00e9mon \u00e0 deux visages Ryomen Sukuna (\u4e21\u9762\u5bbf\u7058), figure l\u00e9gendaire de Hida.<\/strong> Ryomen Sukuna serait apparu dans la province de Hida sous le r\u00e8gne de l\u2019empereur Nintoku, au cours de la p\u00e9riode Yamato, au IVe<\/sup> si\u00e8cle. Le folklore le d\u00e9crit avec deux visages, un \u00e0 l\u2019avant et l\u2019autre \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, quatre bras et quatre jambes. Vif d\u2019esprit, dot\u00e9 d\u2019une force surhumaine et de pouvoirs divins, il maniait de multiples armes, parmi lesquelles un arc et une \u00e9p\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n
Cette figure l\u00e9gendaire semble faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une famille dirigeante de Hida<\/strong>, qui ne se soumit pas \u00e0 la dynastie du Yamato, entra en r\u00e9bellion et combattit les forces imp\u00e9riales. Le mythe de Ryomen Sukuna est relat\u00e9 dans le Nihon shoki<\/em><\/a> (\u65e5\u672c\u66f8\u7d00, les Chroniques du Japon<\/em>), qui le d\u00e9crit en effet comme un ennemi de l\u2019empereur. Figure d\u00e9moniaque, Ryomen Sukuna sema la terreur dans la r\u00e9gion de Hida, mais il y aurait aussi introduit le bouddhisme. Il est \u00e0 pr\u00e9sent consid\u00e9r\u00e9 comme un gardien protecteur et un bienfaiteur pour la province de Hida<\/strong>, une sorte de h\u00e9ros local v\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans les temples.<\/p>\n\n\n\n
La puret\u00e9 des eaux de montagne de la pr\u00e9fecture de Gifu permet la production d\u2019un sak\u00e9 d\u2019une grande finesse.<\/strong> Hida compte plusieurs brasseries qu’il est possible de visiter sur r\u00e9servation. Elles sont indiqu\u00e9es par des sugidama<\/em> accroch\u00e9s au-dessus des portes. Ces \u00e9normes boules d\u2019aiguilles de c\u00e8dre annoncent l’arriv\u00e9e d’un nouveau sak\u00e9.<\/p>\n\n\n\n
La brasserie Watanabe<\/a> (\u6e21\u8fba\u9152\u9020\u5834) perp\u00e9tue la tradition depuis 9 g\u00e9n\u00e9rations, et le propri\u00e9taire actuel vit encore dans les \u00e9tages de la maison, \u00e0 l\u2019abri des chidori<\/em>. La visite s\u2019ouvre sur des bottes de paille de riz : la brasserie Watanabe \u00e9tant une des seules de la vall\u00e9e \u00e0 produire son sak\u00e9 \u00e0 partir de riz Hida-homare, une vari\u00e9t\u00e9 de riz local.<\/strong> Elle utilise aussi le riz Hida-minori. De septembre \u00e0 juin, elle brasse un sak\u00e9 aux accents sucr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n
Le riz est d’abord cuit \u00e0 la vapeur dans d’\u00e9normes cuves pouvant en contenir plus de 1500 kg. L\u2019eau et le riz sont ensuite m\u00e9lang\u00e9s au koji<\/em> de riz, un ferment qui fait office \u00ab d\u2019amor\u00e7age \u00bb. Le m\u00e9lange repose pendant 6 jours \u00e0 une temp\u00e9rature de 9\u00b0C, puis il est rectifi\u00e9, ajust\u00e9 et affin\u00e9. Le koji<\/em> de riz doit ensuite \u00eatre oxyg\u00e9n\u00e9. Pendant 2 jours, 3 fois par jour, il est remu\u00e9 \u00e0 la main, avec d\u00e9licatesse, dans une pi\u00e8ce humide et chaude \u00e0 la temp\u00e9rature contr\u00f4l\u00e9e. Enfin, on presse le sak\u00e9. Une op\u00e9ration lente qui s\u2019\u00e9tend sur toute une nuit. La brasserie utilise une cuve vieille de 150 ans r\u00e9cemment restaur\u00e9e, fiert\u00e9 de la maison.<\/p>\n\n\n\n
La brasserie s\u2019attache au recyclage des \u00e9l\u00e9ments r\u00e9sultant de la production sak\u00e9.<\/strong> Certains de ces restes sont r\u00e9utilis\u00e9s pour la confection des g\u00e2teaux de riz ou des pickles de riz.<\/p>\n\n\n\n
Pour plus d’informations visitez le site Internet<\/a> de l’office de tourisme de Hida.<\/p>\n\n\n\n
Voir nos autres articles sur Hida :<\/p>\n\n\n\n
Le v\u00e9n\u00e9rable Ryokan Yatsusankan<\/a> <\/strong>(\u516b\u30c4\u4e09\u9928) accueille les visiteurs depuis environ 165 ans dans ses b\u00e2timents au bord du canal d’Araki-gawa (\u8352\u57ce\u5ddd).Il est m\u00eame inscrit au patrimoine culturel du Japon. <\/p>\n\n\n\n
Des salons privatifs s\u2019agencent en enfilade autour d\u2019un jardin japonais avec son bassin et ses toro<\/em> (lanternes de pierre). Au d\u00eener, on y sert une cuisine kaiseki<\/em> d\u00e9licate et raffin\u00e9e, aux couleurs de la saison.<\/p>\n\n\n\n
Le petit d\u00e9jeuner fait lui aussi la part belle aux saveurs locales : hoba miso<\/em> (p\u00e2te de soja cuit \u00e0 la flamme sur feuille de magnolia, sp\u00e9cialit\u00e9 r\u00e9gionale de Hida), natto<\/em> (soja ferment\u00e9 riche en vitamine K), chawan mushi<\/em> (flan aux \u0153ufs sal\u00e9 cuit \u00e0 la vapeur), panna cotta \u00e0 la fleur d\u2019oranger\u2026<\/p>\n\n\n\n
On peut se d\u00e9tendre dans des bains onsen<\/em> en ext\u00e9rieur, au milieu d\u2019un petit jardin sec. <\/p>\n\n\n\n