Les supérettes japonaises (alias les konbini) sont de véritables joyaux de logistique express. Pourtant, pour les non-initiés, le parcours entre l’entrée et la sortie peut ressembler à une épreuve soudaine et périlleuse. Dans la chaleur humide d’un mois de juin à Tokyo, par exemple, la maîtrise de ce parcours fait toute la différence entre une course sans encombre et une expérience chaotique et déconcertante.
La topographie du konbini : une conception réfléchie
L’agencement d’un konbini obéit à une logique technique rigoureuse. Il s’agit d’un espace conçu pour optimiser le débit et s’adapter aux saisons.
- Le mur du fond (réfrigération fermée) : c’est le domaine des boissons fraîches (thé, café et sodas). Elles sont conservées dans des réfrigérateurs à porte vitrée approvisionnés par l’arrière, afin que les produits les plus anciens soient toujours placés à l’avant.
- Les parois latérales (réfrigération ouverte) : à la différence des boissons au fond, les parois latérales sont occupées par des réfrigérateurs ouverts à l’avant. C’est là que se trouvent les onigiri (boulettes de riz), les sandwichs et les bentos. Leur positionnement périphérique permet d’installer l’infrastructure électrique nécessaire tout en laissant le centre du magasin dégagé pour circuler.
- Les congélateurs centraux : au milieu du magasin se trouvent les congélateurs horizontaux. Ils contiennent les glaces et les aliments surgelés de base destinés à être réchauffés à la maison, une catégorie distincte des produits réfrigérés « prêts à consommer » situés sur les parois.

- Les allées non réfrigérées : les autres rayons contiennent des produits secs, comme la section boulangerie (pan), suivie des « sucreries » et des gumi (bonbons gélifiés). À proximité se trouvent les chocolats, les biscuits et les produits de première nécessité.
- Le pivot saisonnier : près de l’entrée, une myriade de produits fait écho au calendrier. En été, vous trouverez des parapluies et des lingettes rafraîchissantes ; en hiver, ceux-ci disparaissent au profit des gants et des chauffe-mains (kairo). Selon le magasin, vous trouverez peut-être même une petite caisse de légumes locaux près de l’entrée.
- Le protocole des poubelles : en 2026, le traitement des déchets est une question précise de catégorisation. Les poubelles sont situées soit près de l’entrée, soit sous le comptoir. Si les déchets « ménagers » sont interdits, ces endroits sont réservés aux « déchets transitoires », comme les bouteilles en PET vides que vous avez ramassées pendant votre promenade ou les emballages des onigiri que vous avez achetés plus tôt. Respectez les icônes : plastique ou pura, papier, et trous spécifiques pour les bouteilles et les canettes.
L’approche : la zone d’attente
Avant d’arriver au comptoir, examinez le sol. Dans presque tous les konbini Seven-Eleven ou FamilyMart, des empreintes en vinyle ou des marques au sol indiquent où se positionner dans la file d’attente. Placez-vous à l’endroit indiqué et attendez qu’on vous appelle : « Tsugi no o-kyaku-sama, douzo ! » (Au suivant, s’il vous plaît).
Premier acte : le dilemme du sac en plastique (Reji-bukuro)
Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les sacs en plastique en 2020, la première partie scriptée concerne le reji-bukuro (sac de caisse). Vous entendrez alors :
- O-fukuro wa hitsuyou desu ka? (Avez-vous besoin d’un sac ?)
- Fukuro, irimasu ka? (Avez-vous besoin d’un sac ?)

La précision est essentielle. Si l’expression omniprésente Daijoubu desu est désormais couramment acceptée pour signifier « ça va », la manière linguistiquement correcte et plus raffinée de refuser est Kekkou desu (non merci/ça me suffit). Accompagnée d’un geste subtil et doux de la main, c’est la manière la plus élégante de répondre à la question. Si vous avez besoin d’un sac au konbini, Onegai shimasu (s’il vous plaît) est la formule standard.
Le deuxième acte : le rituel de la chaleur (Atatame)
Si votre sélection l’exige, le caissier du konbini vous demandera : « O-bentou, atatamemasu ka ? » (Dois-je réchauffer votre bento ?).
Le chauffage au konbini est une brève pause sans paroles. Vous répondez par un simple signe de tête et Onegai shimasu. Il n’y a pas d’étiquettes ; vous faites simplement un petit pas sur le côté pour laisser passer la personne suivante dans la file d’attente, un ballet silencieux de la densité urbaine, pendant que le micro-ondes ronronne pendant les quelques secondes requises.
Troisième acte : la caisse semi-automatique du konbini
En 2026, le caissier s’occupe de vos articles, tandis que vous vous occupez de l’argent. Un écran tactile placé face à vous affiche les options de paiement. Vous devez appuyer physiquement sur l’icône correspondant à Genkin (espèces), Kurejitto kaado (carte de crédit) ou IC Kaado (Suica/Pasmo). Le personnel du konbini n’est pas autorisé à toucher l’écran à votre place.

L’acte final : la réception et la sortie en beauté
Le ticket de caisse est imprimé par la machine située juste devant vous. Il est important de noter que le personnel du konbini ne vous le remettra pas. Le laisser traîner serait un manque de savoir-vivre, l’équivalent urbain de jeter des déchets par terre. Vous devez le prendre et, si vous n’en voulez pas, le placer immédiatement dans le petit bac prévu à cet effet sur le comptoir.
Lorsque vous rassemblez vos articles, un « Arigatou gozaimasu » clair et sincère est le choix le plus approprié. Cela reconnaît la précision du caissier et maintient l’harmonie sociale de l’espace.
Cover photo: yebin kim
Traduit de l’anglais par Julien Loock