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Mon Japon : la semaine atypique d’une entrepreneuse à la campagne

En vedette FEATURED Gastronomie Itinéraires Kansai
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Ce mois-ci, dans notre série Mon Japon, Coline Aguirre, rédactrice pour Voyapon, nous fait découvrir une semaine de sa vie à la campagne, mais aussi dans le Kyushu.

Il n’y a pas vraiment de semaine « typique » quand on vit à la campagne, qu’on est à la fois entrepreneuse, photographe, consultante et qu’on retape une vieille maison. Il y a des rendez-vous clients ici et là, des visios improvisées au fond de la montagne, des silences précieux, des to-do lists qui s’étirent comme le chemin jusqu’à la laverie. Parfois, tout s’annule. Parfois, tout arrive en même temps.

Mais cette semaine-là… le soleil était au rendez-vous et il est resté. Et, parfois, une belle météo, ça change tout.

Donc, cette semaine, j’ai troqué mes chaussettes et mon plaid en laine contre mes chaussures de marche et mes lunettes de soleil. J’ai chargé la voiture, j’ai attrapé mon appareil photo et mon assistant (Thomas), puis nous sommes partis.

Ce journal de bord est une tentative d’illustrer ça : le désordre ordonné d’une semaine  de travail dans ma vie au Japon. Une vraie semaine, entre volcans, musées, bains brûlants et rendez-vous ratés. Rien d’exceptionnel, mais le tout intensément vécu. Voici donc sept jours de lumière, de fatigue et de beauté.

Jour 1 : Beppu, sa vapeur et ses légumes

Je suis à Kyushu cette semaine-là, pour une mission avec IGLOOO, une boîte qui connecte des créatifs à des villes ou préfectures du Japon pour faire rayonner leurs initiatives locales à travers des photos, vidéos ou articles. En gros : je shoote des lieux, des gens, des ambiances. Et cette fois, on nous a confié 17 lieux à couvrir… en 4 jours. Autant dire que c’est la course.

Le jour 1 devait être le plus intense… sauf que notre vol au départ d’Itami est annulé. On décolle finalement à 14h40 au lieu de 10h20. Résultat : on rate quatre lieux dès le début du programme. Donc 5 heures plus tard, à peine atterris à Ōita, on file récupérer notre petite Honda Fit blanche, nickel chrome, et on trace vers Beppu.

On n’avait jamais mis les pieds là-bas, et à l’arrivée, on est choqués : il y a de la vapeur partout. Des volutes sortent du sol, des toits, des égouts. L’odeur de soufre ? Présente, forte, persistante. Mais on adore, car c’est synonyme de bons onsen ce soir.

Une de nos missions à l’arrivée : faire un Jigoku Mushi (cuisson vapeur dans les sources chaudes) dans notre ryokan du soir. Donc, une fois passées les 3 minutes de « waaah » direction TRIAL, un supermarché local. Et j’ai dix minutes chrono : je fonce. Je prends du chou, des patates, du lotus, des œufs de caille… et à la dernière minute, je rebrousse chemin pour une tranche de kabocha. Faut que ce soit joli et coloré en photo !

Le ryokan, Hōzansō (notre mission n°1) est à 5 minutes. Accueil ultra chaleureux par le gérant, visite des sept bains, de notre chambre. À peine les affaires posées, on commence les photos du lieu, puis de la chambre. À 18h30, on est déjà au dîner. Un moment fabuleux. Chaque plat est expliqué en japonais… puis en français via Google Translate par le chef lui-même, tout timide, mais adorable. Après le repas, je décharge les photos, je capture encore quelques images des bains et je file me coucher.

  • Hozanso


    SPA
  • Japan, 〒874-0842 Oita, Beppu, Oguracho, 1610 小倉4組
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Le Jigoku Mushi ? Ce sera pour demain matin. Les futons sont prêts, mes paupières déjà à moitié fermées.

Jour 2 : Encore de la vapeur, cascades et panoramas

Réveil doux et doré. La lumière traverse les shōji, caresse le plancher et danse sur les draps. Il fait frais, mais pas froid. Il est 7h, et je suis déjà debout, appareil en main, à documenter l’ambiance feutrée de cette chambre de ryokan, mon assistant profite du calme pour nous faire une infusion.

Réveil dans un futon au Japon

À 8h, petit-déjeuner : un festival de couleurs et de saveurs locales, servi sur de petits plateaux laqués. Clou du spectacle, le Jigoku Mushi, une cuisson traditionnelle à la vapeur des sources chaudes de Beppu, où légumes et œufs sont cuits directement par l’activité géothermique. Légèrement fumé, fondant, parfumé. Un vrai bonheur !

Et nous voilà repartis. Direction le Beppu Hell, un parcours touristique un peu kitsch mais fascinant, entre bassins bouillonnants, cratères bleus surnaturels et émanations de soufre. On coche les étapes sur le plan comme une chasse au trésor photographique. À 10h30, il faut déjà filer. Cap vers la cascade de Nabegataki, une chute d’eau élégante dissimulée dans les bois. L’air est vif, les photos tout aussi sublimes que celles vues la veille sur Google Map.

Beppu Hell au Japon
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Juste à côté, on pousse la porte du Zenzo Museum, à ce stade-là, on est à notre mission n°4. « Petit » bâtiment, grande inspiration. Tatamis glacés par l’air froid, architecture traditionnelle sobre, et ce dialogue entre la nature, l’art et le vide, si typique du Japon. Mon esprit de rénovatrice est en alerte, mon assistant qui est aussi mon colocataire prend de bonnes notes et on papote sur ce qui nous inspire dans ce beau musée.

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Il est déjà 13h, alors on fait une pause déjeuner improvisée dans un resto de tonkatsu au hasard. Surprise totale : une escalope de dinde croustillante à tomber, servie avec riz, soupe et pickles pour 2400 yens à deux. Pas prévu, mais noté précieusement dans le carnet des bonnes adresses !

Tonkatsu au Japon

14h30, nous voilà maintenant au sommet du mont Aso, au point de vue Daikanbo. Une vue vertigineuse sur l’une des plus grandes caldeiras du monde. La lumière perce les nuages. On sort le matériel, on filme, on photographie. Sur le chemin vers la voiture, à la boutique du lieu, Thomas repère de superbes boîtes de gâteaux illustrées, souvenirs parfaits. Je craque pour un yaourt au lait de vache local, et l’emballage fait un excellent prétexte pour clôturer en beauté notre  séance photo dans le vent de la montagne.

Daikanbo dans le Kyushu

En fin d’après-midi, on redescend, direction Tsuruya Ryokan. Comme dans tout bon ryokan, l’accueil est chaleureux, et à 17 h, la lumière est rasante, nous offrant les plus belles couleurs possibles. Thé vert de bienvenue, visite de la chambre, installation. Pendant que Thomas vide les cartes SD, je réponds à mes emails de consulting. Le boulot continue, même à travers mes voyages de photographe.

  • Tsuruya


    LODGING
  • 2 Kannawa, Beppu, Oita 874-0041, Japan
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19 h et le voilà enfin, le dîner. Et c’est un poème. Une suite de plats tous plus soignés les uns que les autres. On savoure, on cale, on essaie quand même de tout finir pour honorer chaque plat. Puis retour dans la chambre. Bain extérieur qui fume doucement sous les étoiles. J’immortalise l’instant, puis à 22h30, j’y glisse enfin mon corps fatigué. Les épaules se relâchent. Mon esprit flotte encore dans les paysages du jour. On s’endort comme des briques quelque 30 minutes plus tard.

Jour 3 : Les cailloux, les bateaux et la fatigue qui s’installe

Réveil à 7h. Le silence de la chambre est confortable, feutré. Je décharge le reste des cartes SD pendant que Thomas se prépare. Et là… la carte de la veille au soir a un problème.

Les photos du dîner, du bain… disparues. Tristesse, frustration, colère… Ça sert à rien, mais ça monte quand même. Une soirée entière de travail envolée, et, avec elle, un peu de la magie qu’on croyait avoir capturée.

Heureusement, le petit déjeuner façon ryokan à 7h50 me remet le cœur à l’endroit. Des saveurs délicates, du poisson grillé, du riz bien chaud, des légumes marinés… une poésie salée dans l’assiette. Ça me réconcilie avec la journée.

8h40 : on prend les dernières photos de l’ambiance. Le staff est adorable, attentionné jusqu’au bout. On se dit au revoir avec des sourires sincères. Et d’un coup, une boule dans la gorge.

Je ne sais pas pourquoi, mais ils me font penser à mes grands-parents. Peut-être parce qu’ils prennent soin de nous comme si on était chez eux. Nostalgie sur la route…

Mais la route est belle. Très belle. Les montagnes défilent, majestueuses, baignées de lumière. Thomas conduit avec souplesse, je travaille sur mon ordinateur à côté, dans un calme presque méditatif. La campagne japonaise dans sa plus belle version.

10h30 : on arrive à Amano Yasukawara, cette petite grotte nichée au bout d’un sentier. On ne savait pas trop à quoi s’attendre, et on n’a pas été déçus. C’est un lieu shinto très spécial, où les visiteurs empilent des pierres, comme autant de vœux, de prières ou de simples défis à la gravité. Le soleil est là, franc et froid, parfait pour les photos. On empile chacun notre tour des cailloux, mains tremblantes, concentration totale. Un moment simple, mais profond.

Une heure plus tard, retour dans la forêt. Moins de monde, plus de silence. Un peu de vent, de mousse, et cette sensation d’être exactement là où on doit être.

Ensuite, détour rapide au petit temple, un vœu murmuré du bout des lèvres, et hop, une glace locale, un peu de douceur. On se sent comme des touristes, et ça fait du bien. Même pressés, on prend le temps de savourer.

Allez, on passe à la mission suivante, là j’ai arrêté de compter, mais il est 12h10 : Takachiho Gorge. Grandiose. Soleil de plomb sur l’eau turquoise. Et, aujourd’hui, on nous a prévu une balade en bateau ! Thomas prend les rames. Il est fan de bateaux de guerre japonais, alors là, sur une minuscule barque de location… il est hilare et moi aussi ! On se cogne un peu, à droite, à gauche, aux autres usagers, mais c’est le jeu. C’est magnifique, intense et très animé.

Les gorges de Takachiko
  • Takachiho Gorge


    TOURIST ATTRACTION
  • 983 Mitai, Takachiho, Nishiusuki District, Miyazaki 882-1101, Japan
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13h10 : débarquement. Direction un petit resto de sōmen nagashi. Je n’ai pas faim. Mais les nouilles qui descendent dans un toboggan en bambou, ça ne se refuse pas. C’est froid, très froid. Mais bon. Avec un petit poisson grillé en accompagnement, on frôle le sans-faute. Et pour moi, c’est une première, même après trois ans au Japon.

Balade digestive, un dango sauce miso-cacahuète entre les doigts, et un ramune. On reprend ensuite la voiture.

Prochaine étape : Takachiho Amaterasu Railway. On n’avait pas trop compris le concept avant d’arriver. C’est un mini train touristique sur une portion de voie désaffectée, juste pour la vue. Joli, mais un peu frais. Thomas a le vertige, alors je fais la maligne en prenant en charge les vidéos à faire. Sauf que… on oublie complètement de faire des photos. Deuxième oups du séjour… Fatigue, froid, cerveau au ralenti.

Pause vitamine C au konbini. Et là, intuition : le train qu’on vient de prendre passe toutes les 30 minutes sur le grand pont qu’on peut voir… depuis la route ! Ni une ni deux, on saute dans la voiture, je cours dans le vent glacial sur le pont voisin et j’arrive pile à temps pour capturer le train au milieu du pont. Frisson, joie, doigts gelés. Ça valait le coup.

Le jour décline. Une heure de route encore jusqu’à notre hébergement pour le soir. La fatigue s’installe. On parle moins. Le soir, carte blanche : donc un petit resto de viande grillée en ville et c’est parfait. Pas besoin de plus que des protéines et du riz. Une fois à l’hôtel, je tente de travailler un peu après la douche, mais mes paupières sont trop lourdes. 23h : extinction. Avant de dormir, je demande à Thomas comment il fait pour avoir l’énergie d’appeler sa famille régulièrement, les soirs souvent. Il ne répond pas. Il dort déjà… Évidemment !

Jour 4 : Vents froids, cœur chaud

Réveil 7h. Petit-déj rapide. Check des batteries. Et hop, sur la route. Direction : le Kirishima Open Air Museum.

Le soleil tape, le ciel est bleu, mais le vent est glacial. Pas de photos à l’intérieur du musée, dommage ? Bof. L’expo temporaire du moment, c’était… disons, très « expérimental », ambiance satanico-métallique un peu malaisante. Et, pourtant, j’aime les musées. J’aime l’art. Mais là, l’envie de respirer dehors s’est imposée très vite.

  • Kirishima Open Air Museum


    TOURIST ATTRACTION
  • 6340-220 Koba, Yusui, Aira District, Kagoshima 899-6201, Japan
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Heureusement, le jardin du musée est une œuvre à lui seul. Grand, calme, onirique. On déambule, on shoot. Pas trop vite, pas trop lentement. Une marche d’introspection a certains moments. Je m’assois un instant dans l’herbe sèche et je pense à ce visa à renouveler bientôt. À cette entreprise que je porte à bout de bras. Aux chiffres, toujours trop petits. À la peur aussi. Et puis je me relève. Pas le temps de ruminer, le soleil est encore haut. Les photos sont belles et nous repartons revigorés !

On redescend vers un resto de soba, notre prochaine mission du jour. Charme boisé, on nous guide vers une salle à part pour les photos. Moins d’ambiance, mais plus de contrôle. Thomas fait le modèle. Pull noir pour plus de contraste. Il joue le jeu, il mange pour deux, littéralement. Moi, les soba… je fais semblant, c’est pas mon plat favori. Mais les photos sont réussies, et c’est ça qui compte !

Pour clôturer ce voyage, on a encore deux missions avant l’aéroport : direction Kirishima-jingū. Magnifique. Mais bondé. Alors on patiente. On filme, on achète des omamori et on sourit en voyant tous ces jeunes venir au sanctuaire. Ce Japon vivant, joyeux. Ça réchauffe. Puis, dernier stop douceur dans un ancien entrepôt de gare reconverti en café. Mur en pierre brute, accents de cuivre, fondant au chocolat et cheese cake au thé vert. On discute avec la propriétaire, on s’attarde et on souffle, et ça fait un bien fou de se relaxer autour de douceurs avant de reprendre la route.

  • Kirishima Shrine


    TOURIST ATTRACTION
  • 2608-5 Kirishimataguchi, Kirishima, Kagoshima 899-4201, Japan
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16h. Retour à la réalité, photoshoot fini : aéroport, voiture à rendre, fatigue cumulée. Mais là, pas le temps d’être fatigué, la cerise sur le gâteau nous attendait : l’observation deck de Kagoshima. Petit bijou d’histoire de l’aviation. Mini musée, maxi passion. J’aurais adoré le shooter, ce lieu. Prochaine mission, je le glisse dans le brief.

Le vol est retardé (encore). On s’installe. Je bosse un peu. Je me lamente de la carte mémoire défectueuse du jour 2. Puis, décollage. Sieste express. Atterrissage à Itami.

Et c’est pas fini : notre voiture à récupérer, puis nous voilà sur la route, de nuit vers un Airbnb proche de KIX. Thomas lutte contre le sommeil, moi contre ma faim. On se rabat sur le classique dîner konbini (au Seven Eleven). Et puis, enfin, le sas de décompression : douche chaude, lit moelleux, extinction des feux.

Demain, une autre aventure nous attend, cette fois ci en dehors du cadre du travail !

Jour 6 : Retrouvailles et retour à la maison

Ce matin-là, on prend le temps. L’Airbnb est calme, la lumière douce. C’est une journée plus tranquille sur le papier, mais mes pensées vont à cent à l’heure. Dans quelques heures, je retrouve mon mari après six mois de séparation. Vivre son rêve au Japon, c’est génial mais quand on vit loin de ceux qu’on aime, la distance devient parfois une autre montagne à gravir. On fait avec, mais ça pèse lourd sur le moral parfois.

À 10h30, on quitte enfin l’Airbnb. Direction l’aéroport du Kansai, que j’adore. J’ai toujours eu une fascination pour les avions. Ce mélange de nostalgie, d’attente, d’élan. Aujourd’hui, pas le temps de m’arrêter au point de vue Sky View que j’aime tant, mais en passant le péage, j’aperçois un avion Air France qui atterrit. Et 30 minutes plus tard, il est là. Mon mari !

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Alors on fait simple : déjeuner tonkatsu pour digérer l’émotion, puis arrêt boulangerie (parce que oui, l’aéroport de Kansai a une excellente boulangerie, c’est important). Ensuite, détour par la Chambre de Commerce et d’industrie franco-japonaise dans le centre d’Osaka pour récupérer un document. Et comme on est en ville, on s’offre une pause dans un des seuls magasins bio du coin, au sous-sol d’Umeda. Pain complet, huile d’olive, deux-trois essentiels, puis retour à la voiture.

Uda, notre petite ville de campagne, nous attend, calme, fraîche et toujours aussi apaisante après plusieurs jours de route. Il fait 0 degré dans la maison. Alors avant même d’ouvrir les valises, on lance le chauffage, on file à la laverie, on range. Le retour, c’est aussi ça : prendre soin de son espace pour se retrouver. Après un petit dîner dehors, on rentre enfin pour de bon. Et même si je suis épuisée, je passe encore une heure à trier mes dossiers photo. Parce qu’on ne coupe jamais vraiment.

  • Uda


    LOCALITY
  • Uda, Nara, Japan
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Jour 7 : Kyoto, désillusions et sanctuaire

Dernier jour d’une semaine chargée, comme tant d’autres. Ce matin, je me suis réveillée avec une boule au ventre. J’ai encore une fois remis ma vie en question avant même d’avoir ouvert les rideaux. Et pourtant, à peine sortie du lit, j’étais déjà dans un train direction Kyoto. Seule. Pour rencontrer une psy francophone.

Je n’aurais jamais pensé avoir besoin de ça à ce moment-là de ma vie. Je suis heureuse, épanouie dans mon travail, je vis dans une maison que j’ai choisie, dans un pays que j’aime. Mais il y a des choses que je n’arrive pas à comprendre. Des blocages, des angles morts dans mes relations, dans mon fonctionnement. Et très peu de repères. Parce que je ne suis ni étudiante, ni employée d’une entreprise japonaise. Je suis entrepreneuse étrangère, en pleine campagne, et parfois… c’est un peu difficile de naviguer tout cela, seule.

Pause dans un ryokan

Et dans la vie, il y a des jours avec et sans, et, ce jour-là, c’était plus un jour sans… la séance a été un échec total. Une méthode qui ne me correspondait pas du tout. Je suis ressortie frustrée, fatiguée, avec plus de questions que de réponses. Alors j’ai marché. Longtemps. Je me suis posée dans un temple, à Kyoto… c’est pas ça qui manque, c’est le genre de lieu qui t’enveloppe doucement sans poser de questions. J’ai respiré, observé les lignes du bois, les ombres du jardin et l’alignement des torii. Et puis, j’ai repensé à tout ce qui me pèse : le renouvellement de visa, la fameuse « charge mentale », les rôles qui s’empilent, l’hiver qui pèse sur les épaules même quand il fait beau. Mais j’ai aussi repensé à tout ce que j’ai construit, à tout ce que je vis. Et je me suis dit : malgré les doutes, malgré les ratés… cette vie est la mienne, et elle est belle et elle me plaît.

Une semaine comme une autre, donc unique !

Chaque semaine est une aventure. Rien ne se répète vraiment, à part la laverie et un peu de ménage. Le reste, c’est un équilibre fragile entre mes casquettes multiples, les projets clients, les déplacements imprévus, les rénovations et les idées qui jaillissent à minuit.

L’hiver n’est pas la saison la plus tendre, même si c’est une de mes préférées. Il use.
Mais cette semaine, il a fait beau. Alors je la termine fatiguée, un peu déboussolée, mais aussi pleine de gratitude.
Gratitude pour cette maison qui prend forme.
Pour les rencontres.
Pour les paysages.
Et pour la liberté, même si elle a un prix.

Demain, une nouvelle semaine commencera. Et je ne sais pas ce qu’elle me réserve.

Mais je suis prête !

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Coline Emilie Aguirre

Coline Aguirre est photographe et consultante en immobilier, vivant dans la campagne japonaise, plus précisément dans la région de Nara. Passionnée par l’architecture, les kimonos et les trésors cachés de la vie rurale au Japon, elle explore et raconte, à travers ses images et ses mots, la beauté des lieux oubliés. Fondatrice de Maison Coco, elle accompagne également les étrangers dans leurs projets d’installation et/ou d’achat de maisons traditionnelles au Japon.

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