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Pour ceux ayant grandi en dehors du Japon, les îles Goto sont un endroit entouré de mystères. En fait, plusieurs de mes amis japonais reconnaissent savoir très peu de choses sur ces îles et ce n’est peut-être pas un hasard. Les habitants historiques de Goto ont de bonnes raisons de ne pas attirer inutilement l’attention sur leur région et préfèrent la garder secrète.

Lever de soleil nuageux sur les îles de Goto
Sur un ferry de nuit s’approchant de Goto, préparez-vous à de magnifiques levers de soleil

J’ai appris l’existence des îles Goto en 2018. J’avais enfin pu voir le film de Scorcese, “Silence” basé sur le roman de Shusaku Endo qui parle de la persécution des chrétiens au Japon durant l’ère Edo. Déguisés en fermiers, de nombreux chrétiens profitèrent des politiques d’immigration du pays pour quitter l’île principale de Kyushu et partir vivre sur les petites îles Goto, où ils établirent une communauté dans laquelle ils pouvaient pratiquer leur foi en secret. Ils sont ainsi devenus ceux que l’on appelait les « chrétiens cachés » du Japon, s’entraidant tout en restant fidèles à leurs croyances mais en restant cachés, et ce pendant près de trois siècles.

J’ai raconté cette histoire à mon correspondant de l’office du tourisme de la ville de Goto. Je lui ai dit que c’est ce film qui m’avait donné envie de visiter les îles Goto. Un sourire discret s’est dessiné sur son visage quand il m’a expliqué qu’en effet, « Silence » se passait bien à Goto et dans d’autres lieux de la préfecture de Nagasaki, mais qu’il avait entièrement été tourné à Taïwan.

Loin d’être découragé par cette révélation, j’ai passé les jours suivants à découvrir ce que les vraies îles Goto avaient à offrir. En ce début d’automne, le temps restait très estival et une brise douce et humide venue de l’océan d’un bleu irréel venait me caresser le visage. Mon partenaire de voyage s’appelait Olivier, un Français travaillant à l’office du tourisme de la ville de Goto. Ensemble, nous avons parcouru l’île de Fukue à bord d’une petite voiture électrique, à la découverte de la riche histoire de Goto et de ses paysages d’une beauté à couper le souffle.

Géographie et écosystème des îles Goto

Les îles Goto se situent sur la côte ouest de l’île japonaise de Kyushu et font partie de la préfecture de Nagasaki. Goto signifie littéralement « cinq îles », alors qu’en réalité, il y en a plus de 60, la majorité étant inhabitée. Les cinq îles principales sont Nakadori, Wakamatsu, Naru, Hisaka, et Fukue, l’île la plus au sud sur laquelle se trouve la ville de Goto.

Vue de Goto d’un point d’observation sur un volcan au repos
Goto vue depuis un observatoire sur un volcan endormi

L’île de Fukue à beau être compacte, sa géographie et son écologie sont variées. Le mont Onidake, le plus grand des quelques volcans endormis de l’île, est en grande partie responsable de la formation de l’île, qui vit le jour lors d’une éruption volcanique il y aplusieurs milliers d’années. La géologie de l’île est jeune à l’échelle de la Terre ; les pics des montagnes sont pointus, et le littoral accidenté. L’île bénéficie pourtant de plaines qui purent être cultivées par les colons lors de leur arrivée sur l’île. Goto est, fait rare, autosuffisante en terme de nourriture à la fois en ce qui concerne les produits de la mer et les produits de la terre. En plus d’une grande variété de produits de la mer qui rend la pêche particulièrement abondante, Goto fait pousser ses propres légumes et produit bœuf, porc et poulet.

En termes d’écologie, le climat subtropical permet à l’île de bénéficier de pluies toute l’année durant, permettant à la végétation de rester verte et prospère. Des camélias sauvages poussent un peu partout, une plante que les habitants ont su cultiver et avec laquelle ils produisent la fameuse huile de tsubaki (camélia) de Goto utilisée à la fois en cuisine et dans des produit de beauté. Cette huile saine représente une part importante des exportations de l’île, et son importance pour la population locale prend une autre dimension lorsqu’on comprend qu’au Japon, les catholiques associent le camélia à la vierge Marie.

L’écologie étant un sujet important pour les habitants de Fukue, on retrouve un grand sens de la responsabilité environnementale sur l’île. Notre moyen de transport était une voiture électrique, un petit véhicule étroit mais nerveux pouvant transporter jusqu’à quatre personnes. Goto a complètement adopté le concept de véhicule électrique, nous avons donc trouvé de nombreuses bornes de recharge lorsque nous avons parcouru l’île. Nous avons fait le plein dans des bornes de recharge rapide au port de Goto ou à la mairie pendant que nous prenions notre repas en ville ainsi qu’à celle en face de l’église d’Imochiura pendant que nous visitions les environs. Le personnel de l’agence de location de voiture nous a amené le véhicule au port et est venu récupérer la voiture à l’aéroport à mon retour, le service était excellent.

Une voiture électrique garée près des côtes des îles de Goto
Nous sommes allés jusqu’au bout de l’île dans notre voiture électrique de location extrèmement pratique

L’histoire des samouraï de Goto

L’histoire de Goto tournant surtout autour des chrétiens cachés, il est facile d’oublier que l’île a aussi été un temps une terre de samouraï. Une promenade dans le centre-ville historique nous rappelle rapidement cette partie de l’histoire de la ville. Goto possédait autrefois un château, mais cela n’a pas duré longtemps. Ishida-jo, le château de Goto, a été le dernier château japonais construit pendant l’époque Edo. À peine 5 ans plus tard, le gouvernement de Meiji a pris le pouvoir et a ordonné la destruction de la majorité des châteaux japonais, Ishida-jo inclus. Aujourd’hui, on trouve sur le terrain du château de charmantes résidences de l’époque Edo, avec jardins japonais attenants, ainsi que le lycée le plus fortifié au monde : le lycée de Goto. Mes excuses aux Ramones, mais la Samurai High School est bien plus cool que la Rock ‘n roll High School.

Près des restes du château, on peut voir Buke-yashikidori, le quartier où les samouraï de haut rang vivaient autrefois. Dans cette zone, des murs de pierres solides sont surplombés de rangées de grandes roches rondes : une version analogique des alarmes anti intrusion modernes. Quiconque essayait d’escalader les murs dans la nuit noire faisait fatalement tomber ces pierres, donnant l’alerte aux habitants de la maison qui rappliquaient épée à la main en moins de temps qu’il ne faut pour dire « ninja maladroit ». Plusieurs des résidences les mieux préservées sont ouvertes aux visiteurs, dont une qui est maintenant devenu le musée d’art de Nizo Yamamoto. Ce musée est dédié au travail du directeur artistique du Studio Ghibli qui a participé à la création de chefs-d’œuvre d’animation tels que Le Tombeau des lucioles ou Princesse Mononoke.

Résidence d’un ancien samouraï devenue le musée d’art de Nizo Yamamoto à Goto
Ancienne résidence de samouraï transformée en musée d’art

Les Chrétiens cachés de Goto

L’histoire des chrétiens cachés de Goto éclipse désormais son histoire féodale, une forme d’ironie quand on considère que la seconde avait pour but de détruire la première. En 2018, de nombreuses églises et sites chrétiens de Nagasaki ont été inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces monuments témoignent des traditions et de la culture des chrétiens japonais qui restèrent secrètement cachés pendant près de trois siècles. Grâce à cette reconnaissance, ces sites seront préservés pour que les générations futures puissent les visiter et en apprendre plus sur cette partie relativement méconnue de l’histoire du Japon.

Un monument aux Chrétiens cachés de Goto près de l’église de Dozaki
Un monument en mémoire des chrétiens cachés de Goto près de l’église de Dozaki

Si on peut trouver beaucoup d’églises chrétiennes historiques à Fukue, la majorité sont encore utilisées comme lieux de culte, il est donc généralement nécessaire d’obtenir une autorisation pour entrer dans ces bâtiments. L’église de Dozaki, une splendide église de briques se tenant près de l’entrée de la baie couleur émeraude d’Okuura, fait figure d’exception. Elle a été la première église construite sur l’île lorsque l’interdiction du christianisme fut levée en 1873, érigée par des missionnaires français pour les chrétiens de l’île. De nos jours, l’église de Dozaki sert de musée et expose des objets et des documents témoignant de la période durant laquelle le christianisme était interdit au Japon.

Une vue de drone du monument aux Chrétiens cachés de l’église de Dozaki sur les îles de Goto

Pour les autres églises, il vaut sans doute la peine de faire ne serait-ce qu’un bref passage devant la plupart d’entre elles, car les bâtiments sont déjà magnifiques de l’extérieur et sont souvent entourés de lieux historiques. L’église d’Imochiura est une église de briques devant laquelle vous passerez en prenant la route menant au phare d’Osezaki. La première réplique de Notre-Dame de Lourdes construite au Japon se trouve dans l’enceinte de cette église. 

L’église de Kusuhara est une autre église de briques imposante, construite vers 1910. La communauté des Chrétiens de Kusuhara a été découverte avant la levée de l’interdiction du christianisme et ses membres ont été emprisonnés, torturés et exilés de l’île. Le site originel où nombre d’entre eux ont été emprisonnés est désormais un mémorial qui se trouve juste en bas du chemin menant à l’église.

Mon église préférée sur l’île de Fukue a été L’église de Mizunoura. Au lieu d’être faite de briques, Mizunoura est une église de bois blanc qui se détache nettement sur une petite colline. À côté de l’église, on trouve une reconstitution du chemin de croix, qui raconte l’histoire de la mort du Christ sur sa croix et est inspiré par la Via Dolorasa à Jérusalem, la réelle route que Jésus dû parcourir lors de sa crucifixion. Après avoir suivi le chemin, je suis arrivé au pied du monument de St. Jean de Goto, un des 26 martyrs chrétiens crucifiés à Nagasaki après une longue marche exténuante d’un mois depuis Kyoto. J’ai été ému par l’image de son jeune visage regardant le ciel ; Jean de Goto n’avait que 19 ans quand il a volontairement fait face à sa propre mort sur la croix.

Légèrement au-dessus du monument, nous nous sommes tenus sur la colline, regardant par-dessus l’église en direction du parc de Gyogasaki et du petit phare sur l’île de Tateko. L’église blanche se tenait fière face au bleu profond de la mer et du ciel, et je sentis mon cœur se serrer l’espace d’un instant, alors que je pensais à la beauté de ce lieu et à son l’histoire douloureuse.

En dehors des églises, il y a de nombreux cimetières sur l’île qui commémorent l’histoire des chrétiens cachésFuchinomoto est le plus pittoresque, préservant en silence le souvenir de ces chrétiens fidèles enterrés ici devant une mer et un ciel sans fin ni fond. Nous sommes arrivés à Fuchinomoto juste avant le crépuscule et avons été émerveillés par un coucher de soleil d’un autre monde qui donnait une grâce solennelle à ces nombreuses tombes.

Les tombes de Fuchinomoto sont des monuments aux Chrétiens cachés des îles de Goto
Les tombes de Fuchinomoto témoignent des chrétiens cachés des îles Goto

Les plages des îles Goto sont parmi les plus belles du Japon

Des milliers d’années avant l’arrivée des chrétiens à Goto, la nature avait déjà commencé à former les montagnes et les côtes de ces paysages accidentés. La jeune géologie de Goto implique un faible nombre de plages mais celles que vous y trouverez sont magnifiques.

On ne peut pas mettre « Goto » et « plage » dans la même phrase sans mentionner la plage de Takahama, une magnifique plage isolée à environ 45 minutes de voiture depuis le centre ville de Goto. La plage de Takahama est classée parmi les 100 plus belles plages du Japon, à la fois pour sa beauté et pour son espace de baignade. La côte en pente douce crée une zone de baignade sûre sur plus de 100 mètres vers le large. Elle a beau être l’une des plages les plus populaires de Goto, nous n’y avons croisé qu’une seule personne durant notre visite début octobre alors que le temps était « hollywoodien ». Grâce à sa popularité, la plage de Takahama bénéficie de toutes les installations dont on peut avoir besoin : toilettes et douches sont disponibles toute l’année et un restaurant y est ouvert pendant la saison estivale.

Une vue de drone de la plage de Takahama sur les îles de Goto
La plage de Takahama

La face nord de Fukue possède également une plage particulièrement populaire, la plage de Hamada. Hamada est une plage plus petite que celle de Takahama mais elle est plus facilement accessible de part sa proximité avec le centre-ville. Juste à côté, le parc de Gyogasaki surplombe la plage  et donne accès à un camping. Ceux qui aiment dormir dans un camping en plein air adoreront pouvoir y profiter d’une vue magnifique, de l’air frais de l’océan et de la proximité de la plage.

C’est sur la côte est de Fukue qu’on trouve le plus grand nombre de plages. Dans ces plages vous pourrez vous adonner à de nombreuses activités de plein air comme le kayak en mer, le parachute ascensionnel et le stand up paddle (SUP)La plage de Kojushi est une autre magnifique plage de sable fin donnant sur une mer turquoise. Au-dessus de la plage, les magasins de Goto Tsubaki Bussankan vendent divers produits locaux, y compris des produits à base d’huile de camélia, du sel produits localement et des crèmes glacées fabriquées à partir des produits d’une laiterie locale, idéales à partager avec qui vous voudrez en admirant la plage.

Plage de Kojushi sur l’île de Fukue
Les eaux bleues translucides de la plage de Kojushi

Dans une partie plus accidentée de la côte est, nous avons visité le centre d’Abunze, une sorte de petit musé qui vous fera découvrir les caractéristiques géologiques et culturelles de la région. Ici, la côte fut formée par une éruption du volcan Onidake et est faite d’une roche volcanique noire sur laquelle pousse une végétation luxuriante et bordée des eaux bleue marine de la mer. Un paysage absolument spectaculaire. Ce n’est pas un endroit destiné à la baignade mais un lieu intéressant à explorer dans lequel vous pourrez en apprendre plus sur la vie sauvage et la culture des îles Goto.

Côte de l’île de Goto vue du centre  d’Abunze
La côte de l’île de Fukue depuis le centre d’Abunze

Comment se rendre sur les îles Goto

On pourrait imaginer que les îles Goto sont difficiles d’accès mais vous serez surpris d’apprendre que l’on peut voyager de Tokyo à Fukue en quelques heures. On commence par un vol de Tokyo à Nagasaki qui dure environ une heure et demie. De Nagasaki, vous avez la possibilité de faire le reste du voyage jusqu’à Fukue en ferry, en hydroptère ou de prendre un autre avion. Le ferry est le moyen de se rendre sur l’île qui prend le plus de temps mais il est aussi le plus économique, à noter aussi que l’approche de l’île depuis le pont dégagé du ferry peut se révéler être une sacrée expérience en soi. Il faut environ 3 heures en ferry depuis Nagasaki.

Un ferry approchant de la ville de Goto dans la préfecture de Nagasaki
La vue de Goto depuis un ferry peut être à couper le souffle

Les hydroptères sont plus rapides, il leur faut environ 90 minutes pour faire le trajet, mais vous serez contraint de rester dans la cabine du voilier afin d’être au sec et en sécurité. Il y a seulement quelques vols par jour à destination et en provenance de Fukue via les aéroports de Nagasaki et Fukuoka à Kyushu, mais il ne vous faudra que quelques minutes pour arriver à destination.

Article écrit en partenariat avec la ville de Goto
Traduit de l’anglais par Nicolas Durand

Les secrets des îles Goto sont restés cachés au reste du monde pendant des siècles, mais grâce à l’arrivée récente dans le patrimoine mondial de L’UNESCO de nombreux sites de Goto, tout ceci est sur le point de changer. En visitant Goto pour la première fois, j’ai eu l’impression de mettre les pieds dans un nouveau monde inconnu, un endroit qui m’était à la fois étranger et familier. Et en quittant l’île après mes trois jours d’exploration, je savais que c’était un endroit que je serai amené à revisiter encore et encore.

Todd Fong

Todd Fong

Freelance writer, photographer, and mentor. Japan-based, Oaktown (Oakland, California) born. Freelance writing and photography work includes Lonely Planet, Voyapon, Metropolis Japan, and several regional tourism websites around Japan.

www.peraperapera.net/

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