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Aomori (青森) est célèbre pour la beauté de ses paysages. Située à la pointe nord de l’île principale du Japon, Honshu, la préfecture est aussi l’une des premières régions du pays à se parer des couleurs de l’automne. J’ai voyagé aux alentours de Towada à la mi-octobre, dans l’espoir de profiter des célèbres feuillages d’automne d’Aomori, bien que cela fut encore un tout petit peu trop tôt. Je peux d’ores et déjà vous dire que mon périple ne se passa pas exactement comme prévu, mais qu’il me réserva de merveilleuses surprises.

Lorsque je vivais en Allemagne, l’été était sans conteste ma saison préférée. Je m’asseyais souvent à l’extérieur, jusqu’à tard le soir, pour profiter du temps en observant le coucher de soleil. Mais depuis que je suis arrivé au Japon, je suis tombé amoureux de l’automne. Dans mon pays d’origine, cette saison est habituellement associée à un temps pluvieux combiné à des vents glaciaux. Mais au Japon, l’automne est synonyme de températures douces et de beau temps, ce qui en fait la saison idéale pour voyager. Et bien sûr, les couleurs changeantes de la nature à cette période de l’année, que l’on célèbre dans la culture japonaise pour de très bonnes raisons, sont absolument aussi fascinantes que l’on peut se l’imaginer.

Feuillages d’automne et randonnée sur les pics brumeux du mont Hakkoda

Mon voyage à Aomori commence au mont Hakkoda (八甲田山), situé environ 20 kilomètres au nord du lac Towada (十和田湖). Il s’agit d’une destination très prisée pour profiter des feuillages d’automne précoces. Mais les prévisions météo ce matin-là n’auguraient rien de bon, et en effet il pleuvait légèrement alors que j’étais en route vers le mont Hakkoda. Heureusement, la pluie s’arrêta juste avant que je n’arrive à la station de départ du téléphérique Hakkoda Ropeway.

Je me suis vite retrouvé à faire la queue pour prendre le téléphérique jusqu’au sommet de Tamoyatsudake, l’un des nombreux sommets du mont Hakkoda. Les Japonais débordant d’enthousiasme qui m’entouraient, âgés pour la plupart, s’étaient équipé de tout un attirail de randonnée pour faire face à tous les cas de figure. Un exemple parmi d’autres de l’admirable perfectionnisme qui règne au Japon.

Le trajet en téléphérique a duré une dizaine de minutes. À chaque mètre qui défilait sous nos pieds, les arbres arboraient des couleurs plus vives et plus chaudes, jusqu’à ce que nous passions au-dessus d’une mer ardente de feuillages d’automne.

Forêt d'automne à perte de vue depuis un téléphérique au Japon
Depuis la cabine du téléphérique, j’avais une vue incroyable sur le paysage d’automne qui s’étendait au-dessous de moi.

Nous ne pûmes profiter de cette vue incroyable que durant quelques minutes, car très vite notre cabine s’enfonça dans un nuage. Malheureusement, le sommet de Tamoyatsudake était également enveloppé de ce même brouillard qui obstruait la vue. Mais en compensation, la brume donnait au lieu une atmosphère mystique.

Depuis l’observatoire, sur le toit de la station de téléphérique, j’ai pu apercevoir, à travers les nuages, les marais de Kenashitai, que l’on peut rejoindre en une heure de marche, en suivant un sentier de randonnée faisant une boucle.

Randonnée vers des marais au mont Hakkoda dans la préfecture d'Aomori
Depuis la station de téléphérique, on peut randonner jusqu’aux marais de Kenashitai.

Je n’avais pas le temps de me lancer dans cette randonnée ce jour-là, mais tous ceux qui apprécient les balades en pleine nature y passeront un agréable moment.

Les marais enchantés de Tsutanuma et dégustation de spécialités japonaises locales

Je voulais ensuite visiter Tsutanuma (蔦沼), le plus grand des sept marais de la forêt de Tsuta, connu pour offrir un décor idéal pour photographier les couleurs de l’automne. La route entre le mont Hakkoda et Tsutanuma était en soit un voyage remarquable. Traversant une épaisse forêt de hêtres, elle passe sous les branches qui laissent filtrer la lumière du soleil sous leurs feuilles jaunes, créant un tunnel doré. Les couleurs étaient tout simplement époustouflantes.

Je suis arrivé à Tsuta Onsen, où j’ai pris mon déjeuner. J’ai commandé un barayakidon, l’une des spécialités de la région. Il s’agit d’un bol de riz surmonté de tranches de bœuf et d’oignons grillés à la planche avec de la sauce soja sucrée et épicée. Un délice !

Spécialité culinaire japonaise à base de bœuf à Tsuta Onsen
Le barayakidon est l’une des spécialités de Towada.

Une promenade en bois part de Tsuta Onsen pour s’enfoncer dans une forêt épaisse dont on ressort, après quelques minutes de marche, aux abords du marais de Tsutanuma. Si vous désirez prolonger la ballade, vous pouvez suivre le sentier de 2,8 kilomètres qui mène aux cinq autres marais.

Une promenade en bois s'enfonçant dans la forêt au Japon
La promenade en bois qui mène aux marais.

Cette forêt luxuriante semblait tout droit sortie des contes de Grimm que je lisais quand j’étais petit.

Forêt d'automne se reflétant à la surface de l'eau au Japon
Tsutanuma se trouve au milieu de la forêt de Tsuta.

Les arbres aux abords de Tsutanuma étaient encore en grande partie verts, mais l’ambiance paisible qui régnait au milieu de cette forêt, et les magnifiques reflets des arbres à la surface de l’eau, valaient largement le voyage.

La beauté des gorges d’Oirase

Je me rendais à présent aux gorges d’Oirase (奥入瀬渓流), une vallée fluviale pittoresque qui s’étend sur 14 kilomètres entre le lac Towada et Yakeyama, aux pieds du mont Hakkoda. J’ai décidé de marcher entre Ishidego (石ヶ戸), une aire de repos au centre des gorges d’Oirase, et Asahura no Nagare (阿修羅の流れ), l’un des point de vue les plus populaires surplombant la vallée.

Je remontais le long de la rivière dont l’eau cristalline s’écoulait lentement dans le calme de la forêt. Le long du chemin, j’ai aperçu quelques rapides, de belles cascades, et des formations rocheuses surprenantes, qui apportaient une certaine diversité à la beauté des paysages que je traversais.

Une cascade au Japon durant l'automne
Je suis passé devant une cascade magnifique durant ma randonnée dans les gorges d’Oirase.

Des feuilles jaunes et rouges mouchetaient les tapis de verdure créés par la végétation envahissant les pierres dépassant de la rivière, créant de véritables tableaux colorés.

La rivière Oirase dans la préfecture d'Aomori au Japon
Les couleurs de la nature dans les gorges d’Oirase étaient saisissantes.

Lorsque j’atteignis Asahura no Nagare, le soleil rasant de fin d’après-midi se frayait un chemin à travers les feuilles des arbres, donnant vie au paysage. J’aurais pu passer des heures à contempler cette vue sublime, mais il me fallait atteindre le lac Towada avant le coucher du soleil.

Ballade le long du lac Towada jusqu’au sanctuaire de Towada

Depuis les gorges d’Oirase, je me suis dirigé vers Yasumiya (休屋), sur la rive sud du lac Tawada, où j’allais également passer la nuit. Je me suis promené au bord du lac, en marchant sur le sable pendant que le soleil commençait à se coucher.

Les rives d'un lac japonais à Towada durant l'automne
Les rives du lac Towada offrent d’agréables promenades.

Je suis passé devant un charmant petit café, qui avait déjà fermé ses portes, mais dont les fenêtres, traversées par les derniers rayons du soleil, brillaient de mille feux. J’ai jeté un œil aux jetées, où l’on peut monter à bord de petits bateaux touristiques durant la journée pour profiter d’une vue fantastique depuis le lac.

Un japonais café sur les rives du lac de Towada
Un petit café très accueillant aux abord du lac de Towada, l’endroit idéal pour profiter du soleil.

Au bout d’un moment, je suis arrivé au sanctuaire de Towada (十和田神社), qui se trouve sur l’une des deux grandes presqu’îles qui s’avancent à l’intérieur du lac. Après avoir passé une porte torii en pierre, un chemin traversant une épaisse forêt mène au hall principal du sanctuaire, dédié à l’esprit du prince semi-légendaire Yamato Takeru. On pense que jusqu’à la séparation forcée du bouddhisme et du shintoïsme à la fin du XIXe siècle, on vénérait une manifestation divine de Bouddha prenant la forme d’un dragon d’eau. On raconte que le grand général Sakanoue no Tamuramaro aurait fait construire le sanctuaire au IXe siècle afin que le dieu de l’eau lui permette de traverser sans encombres les eaux agitées du lac sur un radeau.

Le sanctuaire de Towada entouré par la nature luxuriante de la préfecture d'Aomori
Il règne une atmosphère particulière autour du sanctuaire de Towada.

Assis face à ce bâtiment en bois niché dans une forêt luxuriante, sans une âme à l’horizon, je fus profondément touché par l’atmosphère mystique qui se dégageait du sanctuaire de Towada. Vivant au Japon depuis quelques années maintenant, j’ai visité de très nombreux sanctuaires, mais celui-là avait quelque chose de spécial, qui me faisait ressentir le lien profond qui m’unissait avec la nature autour de moi.

Je n’eus aucun mal à imaginer ce qui poussa des japonais, quelques siècles plus tôt, à construire ici un sanctuaire pour vénérer les forces brutes et indomptées de la nature, à côté desquelles, nous les humains, avons l’air si petits, aujourd’hui encore.

Je me suis incliné, ai frappé dans mes mains comme il est d’usage lorsqu’on se recueille dans un sanctuaire, et je me sentais reconnaissant pour le temps agréable dont j’avais profité ce jour-là, même si j’avais essuyé quelques pluies légères, et reconnaissant aussi d’avoir pu découvrir la beauté des couleurs de l’automne à Aomori, même s’il était encore un peu tôt pour en profiter pleinement à certains endroits.

Art moderne dans la ville de Towada

Le lendemain, je me suis rendu à la gare de Hachinohe pour rentrer chez moi à bord d’un train à grande vitesse Shinkansen. Mais avant de partir, je me suis arrêté au Towada Art Center en chemin. Le Towada Art Center se trouve dans la ville de Towada, entre le lac de Towada et la ville de Hachinohe. On peut y admirer des œuvres d’artistes internationaux de renom comme Ron Mueck, Choi Jeong Hwa ou Yoko Ono.

La plupart des œuvres sont exposées dans des salles individuelles qui ont été spécialement conçues pour les accueillir. Mais tout n’est pas présenté de manière trop évidente. Une partie du plaisir réside dans le fait de se laisser surprendre par l’art qui surgit de recoins inattendus, comme les nombreuses petites œuvres de Mitsuhiro Yamagiwa, dispersées dans divers espaces du musée.

Poisson et fruits de mer japonais au Hasshoku Center

Après cet agréable interlude culturel, je me suis enfin rendu à Hachinohe. Avant de me rendre à la gare, j’ai fait une pause déjeuner au Hasshoku Center (八食センター). Il s’agit d’un vaste marché couvert proposant un large choix de poissons et de fruits de mer on ne peut plus frais, en provenance directe du port de Hachinohe. Vous pourrez vous mêler aux habitants du coin qui font leurs courses ou qui mangent dans l’un des nombreux restaurants du marché. J’entendais les poissonniers crier bruyamment « irasshaimase » pour faire venir les clients à leurs étals.

Fruits de mer dans un marché couvert du Japon
Goûtez à tous les fruits de mer que vous désirez au Hasshoku Center.

Des visiteurs se regroupaient dans l’une des nombreuses aires aménagées pour leur permettre de déguster les sushis achetés sur les stands, ou se rendaient dans des restaurants en libre-service où l’on peut faire directement griller le poisson qu’on vient d’acheter au marché. L’ambiance animée offrait un contraste agréable avec l’atmosphère paisible des forêts de Towada.

Un circuit type pour visiter Towada

Depuis Tokyo, montez à bord d’un train du Tohoku Shinkansen jusqu’à Shin-Aomori. De là, un train local vous mènera à la gare d’Aomori, où vous pourrez monter à bord d’un bus JR en direction de Yasumiya qui s’arrête à Hakkoda Ropeway, Tsuta Onsen, et Ishigedo (uniquement durant l’été). Une fois arrivé à Yasumiya, prenez un autre bus JR jusqu’à la gare de Hachinohe, qui fait également étape au musée d’art moderne de Towada. Une fois à la gare de Hachinohe, vous pourrez à nouveau monter à bord d’un Shinkansen pour rentrer à Tokyo. Si vous êtes en possession d’un JR Pass, il couvrira l’ensemble des trajets.

Assis dans le train qui me ramenait chez moi, je repensais à mon voyage. J’étais parti à Aomori pour y admirer les célèbres couleurs de l’automne. Est-ce que tout s’était passé comme prévu ? Non. Mais est-ce que j’avais fait un beau voyage ? Sans l’ombre d’un doute ! Parfois, l’imprévu nous réserve de merveilleuses surprises qui finissent par donner toute sa saveur à un voyage, et ma visite à Towada ne fait pas exception.

Article écrit en partenariat avec la préfecture d’Aomori
Traduit de l’anglais par Joachim Ducos

Thomas Siebert

Thomas Siebert

The first time I stepped into a martial arts hall, I surely didn’t know that this would lead me to study Japanology and Buddhist Studies. In 2015, I moved from my hometown in Germany to Kyoto to deepen my studies of Buddhism and share my love for Japan with others. Currently, I live in Sendai, where I continue to follow my passion for traditional Japanese culture.

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