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Durant l’époque d’Edo (1603-1868), le puissant clan Tsugaru régnait sur la région qui s’étend aux alentours de l’actuelle Hirosaki (弘前). Une ville marquée par la présence de samouraïs qui ont laissé des traces que les visiteurs peuvent découvrir. Lorsque j’étudiais à l’université, j’ai eu l’occasion de rencontrer quelques étudiants japonais venus de Hirosaki, qui m’avaient parlé avec tant d’enthousiasme de leur ville que je désirais la visiter depuis longtemps. L’automne dernier, j’ai enfin pu m’y rendre et découvrir si oui ou non, cette destination valait la peine d’être visitée.

Quand je suis arrivé à la gare de Hirosaki, j’ai été surpris de constater que la ville avait l’air bien plus petite que ce à quoi je m’attendais. Abritant un peu moins de 170 000 habitants, il s’agit d’une ville de taille modeste selon les standards japonais. On n’y trouve donc ni les vastes centres commerciaux, ni les immenses hôtels qui pullulent dans les grandes villes du Japon. Personnellement, j’ai un faible pour le mode de vie plus calme des petites villes du pays, je me suis donc senti à ma place dès mon arrivée à Hirosaki.

Le château de Hirosaki, l’un des rares châteaux japonais d’origine

J’ai d’abord visité le château de Hirosaki (弘前城), le monument le plus emblématique de la ville. Il ne s’agit pas seulement du site touristique le plus célèbre de Hirosaki, ce château est aux origines même de la ville. Lorsque les guerres prirent fin vers la fin du XVIe siècle, le clan Tsugaru prit le contrôle des terres où se trouve maintenant la ville de Hirosaki. Après avoir rallié Tokugawa Ieyasu, qui allait devenir le premier shogun de la dynastie Tokugawa — qui régna sur le Japon pendant plus de 250 ans — le shogunat confirma la possession de ces terres par le clan Tsugaru, qui entreprit alors la construction du château de Hirosaki. C’est depuis ce château que le clan Tsugaru régna sur le domaine de Hirosaki, jusqu’à l’abolition du système féodal au XIXe siècle.

Pont japonais traditionnel au château d'Hirosaki
Les ponts menant au château sont recouverts de laque rouge.

J’ai traversé un pont passant au-dessus des douves, avant de pénétrer dans le parc du château par la porte sud, près de l’office de tourisme municipale. J’ai croisé sur mon chemin quelques tourelles qui, tout comme les portes d’entrée, les murs et la tour principale, sont d’origine, datant de l’époque d’Edo, et donc inscrits au patrimoine culturel du pays. Les châteaux japonais étant considérés comme un symbole de l’ancien système féodal, la grande majorité d’entre eux furent détruits lors de l’abolition de la classe des samouraïs durant l’ère Meiji. C’est la raison pour laquelle il ne reste aujourd’hui plus qu’une poignée de châteaux dont les structures datent de leur époque de construction, et c’est le cas du château de Hirosaki.

Malheureusement, tous les bâtiments ne sont pas arrivé entiers jusqu’à notre époque. De nombreuses structures du château d’origine ont été déconstruite lorsqu’il devint un lieu de garnison pour la nouvelle armée impériale du Japon à la fin du XIXe siècle. Peu de temps après, un parc public fut construit sur les terres du château. De nos jours, ce parc est très apprécié des habitants de Hirosaki, surtout au printemps, lorsque des foules affluent pour y contempler les cerisiers en fleurs. Pour ma part, je m’intéressais avant tout aux vestiges historiques du château, je me suis donc directement dirigé vers sa tour principale.

La tour principale du château d'Hirosaki au Japon
La tour du château fut temporairement déplacée il y a quelques années afin d’être rénovée.

La tour du château fut détruite en 1627, frappée par la foudre. Il fallut près de deux siècles pour en construire une nouvelle. Le bâtiment actuel, achevé en 1810, est la seule tour de château datant de l’époque Edo à être encore debout de nos jours dans la partie nord-est du Japon. Lorsque je suis entré dans la tour, je pouvais ressentir le poids de l’histoire qui imprégnait le bâtiment, et il ne m’était pas difficile de m’imaginer comment, des siècles plus tôt, cette tour avait pu devenir le symbole du pouvoir du clan Tsugaru.

Au plus près de la vie quotidienne des guerriers, dans les résidences de samouraï de Hirosaki

Je suis sorti du parc par la porte nord pour découvrir plus en profondeur l’héritage que les samouraïs avaient laissé à Hirosaki. Dans l’ancien quartier des samouraïs, au nord du château, on peut visiter quatre authentiques résidences de samouraïs parfaitement préservées.

Les bâtiments se trouvent dans un quartier résidentiel, et on passerait facilement à côté sans la présence d’un panneau nous indiquant la direction. La première maison que j’ai visitée était l’ancienne résidence des Sasamori. Lorsque j’ai enlevé mes chaussures pour pénétrer dans le bâtiment, je fus accueilli par un habitant du coin qui était ravi de m’expliquer l’histoire de la maison. « Les Sasamori étaient une famille de samouraïs de classe moyenne. Dans la chambre d’amis, se trouve une armure qui leur appartenait. » m’a-t-il expliqué. Apparemment, quelqu’un vivait ici il y a encore 25 ans, mais il a finalement donné la maison à la ville, qui l’a restaurée pour l’ouvrir au public.

Armure de samouraï dans une maison traditionnelle japonaise à Hirosaki
L’armure et les sabres de samouraï sont exposés dans la chambre d’amis de la résidence des Sasamori.

J’ai ensuite visité les trois autres résidences de samouraï. Chacune possède une architecture distincte et des charmes qui leurs sont propres, mieux vaut donc toutes les visiter.

Maison traditionnelle de samouraïs dans la ville d'Hirosaki
La résidence des Umeda possède un toit de chaume traditionnel

L’intérieur des maisons semble simple et sans fioriture comparé aux grand temples et aux demeures des seigneurs féodaux que l’on peut visiter lors d’un voyage au Japon. Mais j’ai aimé pouvoir me faire une idée de la manière dont vivait un samouraï de classe moyenne durant la période Edo.

Découvrir le célèbre festival des lanternes de Hirosaki au Neputa Mura

Aomori (青森) est célèbre pour les festivals spectaculaires qui se tiennent dans plusieurs villes de la préfecture. Hirosaki possède sa propre version du festival : le Neputa Matsuri, qui a lieu chaque année début août. Durant ce festival, près de 80 chars de lanternes défilent dans les rues. Contrairement au Nebuta Matsuri d’Aomori (écrit avec un « b » au lieu d’un « p » en raison des différences de dialectes), connu pour ses chars colorés à l’effigie de divinités, les chars du Neputa Matsuri de Hirosaki ressemblent à des éventails géants ornés de représentations tirées du folklore japonais et du théâtre traditionnel.

Un char du festival japonais Neputa Matsuri à Hirosaki
La forme d’éventail est une des caractéristiques des chars du Neputa Matsuri.

Si vous n’êtes pas sur place au moment du festival, vous pourrez en apprendre plus au Neputa Mura (ねぷた村), un musée dédié au festival et à la culture locale de la ville, situé au nord-est du château de Hirosaki. En entrant dans le premier bâtiment, je me suis retrouvé dans une pièce où d’immenses chars de lanternes étaient exposés. C’était un spectacle à couper le souffle, et je ne peux qu’imaginer ce qu’on doit ressentir lorsque ces chars défilent dans les rues de Hirosaki.

Le char d'un festival japonais exposé au Neputa Mura
L’un des chars fascinants exposés au Neputa Mura.

Après m’être laissé émerveiller par ces chars fantastique durant un bon moment, et avoir joué quelques mesures sur deux gros tambours de festival sous l’aimable tutelle du personnel du musée, j’ai eu la chance de pouvoir assister à la performance d’un joueur primé de Tsugaru-shamisen. Peut-être avez-vous déjà entendu le son d’un shamisen à trois cordes, mais à Aomori, on joue de cet instrument de manière un peu différente. Au lieu de se contenter de gratter les cordes avec une sorte de grand médiator, le joueur de shamisen frappe les cordes avec force, faisant sortir un son plus claquant, qui donne plus de puissance à la musique. De sa main gauche, le musicien presse les cordes contre le manche de l’instrument, lui permettant d’accélérer le rythme de son jeu. La performance était magistrale et j’aurais pu passer des heures à l’écouter.

Lanternes du festival Neputa Matsuri au Japon
Les lanternes du festival sont aussi impressionnantes que les immenses chars.

Lorsque le concert prit fin, je suis parti découvrir le reste de Neputa Mura. On peut observer des artisans locaux à l’œuvre sur des objet en laque, des poupées kokeshi, des poteries, et d’autres produits d’artisanat. On passe ensuite par un petit jardin, avant d’entrer dans la boutique du musée, où l’on peut acheter diverses spécialités locales. Aomori est le premier producteur de pommes du Japon, on y retrouve donc naturellement de nombreuses pâtisseries locales à base de pommes.

Ballade autour du temple japonais de Hirosaki

S’il est une chose que j’apprécie plus encore que de visiter des lieux empreints de l’histoire des samouraïs, c’est visiter des temples. Quelque chose dans l’atmosphère calme et spirituelle qui s’en dégage m’attire inexorablement. Choshoji (長勝寺) était le temple familial du clan Tsugaru, et fut déplacé en 1610 sur son emplacement actuel, au sud-ouest du château. À cette même époque, 32 autres temples d’obédience Soto, un courant du bouddhisme zen, furent également amenés ici afin de protéger le château des mauvais esprits. La route sur laquelle se trouvent ces 33 temples s’appelle Zenringai (禅林街), ce qui veut dire « la route des temples », mais que l’on pourrait aussi traduire par « la route de la forêt du zen » si l’on prend le sens littéral de chaque caractère. C’est un nom très approprié puisque de grands arbres bordent la rue.

Une route bordée de temples au Japon
La route Zenringai mène à la porte de Choshoji

Bien que la plupart des temples soient relativement petits, j’ai trouvé très agréable de me promener dans cette rue tout en comparant les différentes architectures des temples, allant de structures modernes en bois à des bâtiments brutalistes en béton.

Une impressionnante porte sanmon de 16 mètres de haut se dresse à l’entrée de Choshoji, magnifique exemple de l’architecture zen du début de l’époque d’Edo. Quand je suis entré dans le hall principal, j’ai voulu retirer mes chaussures et les poser sur les étagères disposées à cet effet à côté de la porte, comme il est de coutume de le faire lorsqu’on visite un temple japonais. Mais un moine est alors sorti d’une pièce dans le fond et m’a salué amicalement. « Je suis désolé, mais seuls les membres de la communauté sont admis à l’intérieur du temple », m’a-t-il gentiment indiqué. « Dans d’autres lieux, comme à Kyoto, les visiteurs sont admis à l’intérieur des plus grands temples, mais notre temple est réservé aux fidèles du temple. Si de trop nombreux visiteurs se promenaient à l’intérieur, les membres de notre communauté pourraient hésiter à venir nous voir. »

Porte sanmon traditionnelle à l'entrée du temple japonais de Choshoji à Hirosaki
La porte sanmon de Choshoji

Mais cela ne signifiait pas que les visiteurs n’étaient pas les bienvenus, ou que je ne pouvais pas jeter un œil au hall principal. Bien au contraire. Le moine m’indiqua un chemin spécialement conçu pour les visiteurs sur lequel on peut marcher, sans se déchausser, jusqu’au sanctuaire intérieur.

Le hall principal d'un temple japonais à Hirosaki
L’intérieur du hall principal de Choshoji

Près du hall principal, un bâtiment plus petit servait autrefois de salle de méditation. Aujourd’hui, il abrite une statue de Bouddha entourée des statues des 500 arhats, des sages ayant atteint l’illumination. Le nombre de statues est en réalité probablement plus proche de la centaine. Dans le cimetière qui se trouve derrière le bâtiment, plusieurs membre du clan Tsugaru, autrefois si puissant, reposent en paix.

Comment se rendre à Hirosaki

Depuis Tokyo, prenez un train du Tohoku Shinkansen jusqu’à la gare de Shin-Aomori. Un train local vous amènera ensuite à la gare de Hirosaki en environ une demi-heure. Dans la ville, vous pourrez vous déplacer en bus locaux ou en taxi pour vous rendre aux différents lieux dont il est fait mention dans l’article.

Vous vous demandez peut-être si mon périple à Hirosaki était aussi merveilleux que ce à quoi je pouvais m’attendre après avoir entendu tant de bien de cette ville. Et bien je dois admettre que c’était bien le cas. Entre les vestiges de la vie des samouraïs, un festival fascinant, l’atmosphère tranquille des temples, et, bien sûr, son charme provincial, cette ville a tout pour être une magnifique destination de voyage. Et, peut-être plus important encore, les habitants très sympathiques de Hirosaki que j’ai rencontré et qui me racontèrent l’histoire de leur ville avec passion, me laissèrent un souvenir impérissable.

Article écrit en partenariat avec la préfecture d’Aomori.
Traduit de l’anglais par Joachim Ducos

Thomas Siebert

Thomas Siebert

The first time I stepped into a martial arts hall, I surely didn’t know that this would lead me to study Japanology and Buddhist Studies. In 2015, I moved from my hometown in Germany to Kyoto to deepen my studies of Buddhism and share my love for Japan with others. Currently, I live in Sendai, where I continue to follow my passion for traditional Japanese culture.

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