fbpx

Comme l’indiquent ses kanjis (新潟), « nouvelle lagune », la ville Niigata s’est implantée entre lagons et terres marécageuses. Située à l’embouchure des rivières Shinano (信濃川, Shinano-gawa) et Agano (阿賀野川, Agano-gawa), Niigata est devenue la plus grande ville portuaire du littoral de la mer du Japon. En 1868, au moment de la restauration de Meiji, Niigata se fit une place dans l’histoire nationale. Après deux siècles de fermeture du pays (鎖国, sakoku), elle fut l’un des 5 premiers ports à s’ouvrir au commerce international. Héritière d’une histoire intimement liée à l’eau, elle est réputée pour la riziculture et le brassage du saké. Escale dans une cité portuaire au caractère bien trempé, un voyage au cœur du Japon traditionnel.

Les villas traditionnelles de Niigata

L’émergence d’une classe aisée composée de marchands, de financiers et de propriétaires terriens, permit l’apparition d’opulentes résidences qui ont contribué à la prospérité de Niigata.

Certaines de ces villas peuvent aujourd’hui se visiter, comme la Villa Saito (une résidence d’été historique des années 1920), et la résidence de la famille Ozawa (l’un des plus anciens édifices de Niigata).

aménagement intérieur d'une maison traditionnelle japonaise
Tokonoma (alcôve surélevée pour y poser rouleaux de calligraphie
ou autres éléments de décoration) et chigaidana (rayonnage d’étagères décalées)
à la Villa Saitō

Le musée de la culture du nord (北方文化博物館)

Le musée de la culture du nord est aménagé dans l’ancienne propriété du clan Ito, de riches agriculteurs et propriétaires terriens. Construite dans les années 1880, cette résidence de 65 pièces est un parangon de la plus pure esthétique japonaise, un témoin de l’art de vivre traditionnel. Les pièces et salons de thé sont séparés par des shoji (障子), cloisons translucides en papier washi (和紙). Ils sont décorés avec des antiquités du Japon, de Chine et de Corée rassemblées par les anciens propriétaires.

musée de la culture de nord de Niigata
Engawa au musée de la culture du nord

La grande salle de réception, recouverte de 100 tatamis, s’ouvre sur un jardin japonais pétri de représentations symboliques. Les chemins pavés desservent des pavillons de thé, et de petits ponts courbés enjambent un bassin couvert de lotus. Ce petit coin de paradis servit de décor à plusieurs films.

Grande salle d'un musée de Niigata
Grande salle de réception au musée de la culture du nord

Les propriétaires souhaitaient aménager un jardin qui répondrait aux standards nécessaires pour pouvoir inviter le directeur de l’école de la cérémonie du thé de Kyoto (京都). Ces jardins rappellent ainsi ceux du Ginkaku-ji (銀閣寺), le Pavillon d’Argent de Kyoto. Si l’influence de l’ancienne capitale impériale est certaine, on y retrouve également des éléments typiques de Niigata : pierres aux teintes gris-pastel et végétaux endémiques. Le mois de mai voit fleurir les wisteria, des glycines aux teintes violettes.

Villa du musée de la Culture du Nord à Niigata
Villa du musée de la culture du nord

Enchanteurs, les jardins de ces villas japonaises, résidences d’été et autres domaines historiques déclinent leurs charmes au fil des saisons. On vient y célébrer le hanami au printemps, on y admire les momiji (紅葉) à l’automne et la végétation luxuriante en été, tandis qu’en hiver, les végétaux se couvrent d’un manteau de neige.

Jardin et villa japonaise à Niigata
Jardin et villa au musée de la culture du nord

La préparation des mochi : le mochi-tsuki

Au musée de la culture du nord, on pratique la cérémonie du mochi-tsuki (餅つき), la manière préparation traditionnelle des mochi, ces gâteaux de riz gluant. Les cuisines s’ouvrent pour montrer comment faire des mochi : le riz est cuit après avoir trempé toute une nuit. Il est ensuite écrasé dans un grand mortier en bois par deux à trois personnes qui le frappent à l’aide de grands maillets jusqu’à l’obtention d’une masse collante. Un travail d’équipe plutôt physique !

Mochi-tsuki, battage du mochi
Mochi-tsuki, battage du mochi

Autre confiserie typique de Niigata, les sasa dango (笹団子) sont des gâteaux de riz fourrés de anko (あんこ, pâte de haricot rouge), enveloppés dans des feuilles de bambou sasa (笹).

La culture populaire des geigi, les geishas de Niigata

Les activités portuaires ont donné lieu à l’émergence d’une culture de cour au service des marins de passage et des marchands. Artistes et dames de compagnie, les geigi (芸妓) divertissent leurs clients à l’aide de leurs pas de danse et de leurs instruments de musique. À Tokyo, elles sont appelées geisha (芸者) ; à Kyoto, geiko (芸子).

Représentation du port de Niigata au musée d'Histoire de la ville
Représentation du port de Niigata au musée d’Histoire de la ville

Depuis que les marins font escale à Niigata, elles jouent un rôle essentiel dans la vie nocturne de la ville. Dans le temps, elles allaient même prier aux sanctuaires pour que le mauvais temps retienne les navires à quai.

La tenue des geishas du Japon, leur coiffure et leur maquillage sont très codifiés. De multiples éléments — obi 帯 ou ceinture, col, couleur du kimono (着物), maquillage, accessoires dans les cheveux, etc. — varient en fonction de l’âge et de l’expérience de la geigi, parfois de la saison. Le maquillage est composé de quatre couleurs : blanc, rouge, rose et noir. Aujourd’hui, 25 geigi exercent encore à Niigata. On peut voir leurs performances au restaurant Kappo Hotaru.

Performance de geigi : musique et danse
Performance de geigi : musique et danse

Le brassage du saké

Matériel à la brasserie Imayo Tsukasa
Matériel de la brasserie de saké Imayo Tsukasa

Niigata compte plus de brasseries de saké que n’importe quelle autre préfecture du Japon. Fondée en 1767, Imayo Tsukasa, située à 1km de la gare, est l’une des brasseries de saké plus réputées de la région. Accroché au-dessus de l’entrée, derrière le noren, un sugidama accueille les clients. Le sugidama (杉玉), littéralement « boule de cèdre », est un élément indissociable des brasseries de saké. Au début de la saison du brassage, les brasseurs rassemblent des aiguilles de cèdre et leur donne une forme sphérique. Le sugidama est destiné à annoncer un nouveau cru de saké. Lorsqu’il vire au brun, c’est que le processus de maturation est terminé, et que le saké est prêt à la consommation (avec modération) !

Sugidama dans une brasserie de saké au Japon
Sugidama à la brasserie Imayo Tsukasa
Barriques, brasserie Imayo Tsukasa
Barriques de la brasserie de saké Imayo Tsukasa

Découvrir la méditation zazen dans un temple bouddhiste

Dans le bouddhisme zen, le zazen est une discipline de méditation pratiquée en posture assise. Le mot vient de 座, za (assis), et 禅, zen (méditation). Dans la tradition Soto, la méditation se fait face à un mur. On adopte la position du lotus, buste droit et épaules ouvertes ; la main gauche est posée sur la main droite, paumes vers le haut, les pouces se touchant à peine. Puis tout est affaire de respiration et de concentration. Dans le zazen, les prêtres peuvent être amenés à frapper les pratiquants d’un léger coup de bâton en bois sur l’épaule afin qu’ils restent concentrés.

Séance de méditation zazen et moine pratiquant le gasshō
Séance de méditation zazen et moine pratiquant le gasshō | Photo : Abe Junya pour Edge of Niigata

Au-delà de la méditation, et indépendamment de toute religion, cette discipline mentale et spirituelle vise à un état de désintéressement et de pleine conscience de soi ; en un mot : il s’agit de purifier son esprit.

Alors, prêts pour la méditation ? Ouvrez vos chakras pour une expérience qui, intensément vécue, peut s’avérer bouleversante. Poussons la porte du temple bouddhiste Daiei-ji (大栄寺), une école monastique à deux pas du musée de la culture du nord dans laquelle vivent dix moines. Au clair de lune, le temple est plongé dans le silence de la nuit, dans une immobilité et un isolement propices au recueillement. Mystique ! On traverse corridors et salons en marchant sur des tatamis. C’est comme si le monde extérieur avait cessé d’exister…

La méditation commence par le gasshō, une salutation traditionnelle, paumes jointes et buste incliné, devant le tatami surélevé. Après avoir modelé le zafu (坐蒲, coussin de méditation), on se déchausse (la méditation se faisant pieds nus), et on se hisse sur le tatami. Une fois en position du lotus, et lorsque les 3 coups de la cloche ont retenti, la méditation commence, dans l’intimité de chacun(e). Une expérience inoubliable.

Informations pratiques

Se rendre à Niigata

Vous pouvez vous à rendre à Niigata par train depuis Tokyo via le Joestu Shinkansen (上越新幹線) en deux heures environ. Accessible avec le Japan Rail Pass.

Il est également possible d’aller à Niigata en avion. Comptez environ 1h depuis Tokyo (東京) ou 1h10 depuis Osaka (大阪).

Autres lieux à visiter à Niigata

Niigata est une ville d’une grande richesse que vous pourrez explorer de bien des manières. Edge of Niigata propose des visites guidées de la ville, des conférences, et des ateliers thématiques, par exemple autour de la gastronomie ou du saké.

Le port de Niigata (新潟港) est l’un des lieux historiques de Niigata. Ouvert à l’international en 1869, ce port de commerce fut alors l’un des 5 premiers ports du Japon à s’ouvrir à l’étranger, avec Hakodate (函館), Kanagawa (神奈川), Hyogo (兵庫) et Nagasaki (長崎). C’est aujourd’hui le plus grand port sur la mer du Japon, dont les routes maritimes mènent vers la Corée, la Chine et l’Asie du Sud-Ouest.

Le restaurant Kappo Hotaru (割烹 螢), mentionné précédemment dans cet article pour les magnifiques performances de geigi qui s’y tiennent, sert également une délicieuse cuisine kaiseki (懐石料理). Dans d’élégants salons privatifs de style japonais, on y déguste une cuisine de saison à base de produits et de saké locaux. À l’heure du déjeuner, le restaurant propose principalement des plats de nabe (鍋, « marmite » ou « casserole »), des mets familiaux d’hiver, souvent à base de fondue. Pour le dîner, vous pourrez découvrir un cuisine kaiseki, qui consiste en la succession d’une multitude de petits plats gastronomiques. Ne passez pas à côté du tokusei wappa meshi zen (特製わっぱ飯膳), un plat de légumes servi dans une wappa, une boîte à bento en bois. Après le repas, les geigi donnent des performances de musique et de danse adaptées à la saison.


Pour une pause gourmande plus décontractée, vous pourrez vous rendre au Café Gotokuya Jube (五徳屋十兵衛). C’est un café dit « combiné », qui fait aussi boutique de produits naturels, et location de vélos.

Si vous souhaitez loger dans un hôtel confortable, l’Art Hotel Niigata Station (アートホテル新潟駅前) , qui se trouve à la la sortie de la gare JR de Niigata, propose des chambres tout confort : mini-réfrigérateur, bouilloire, kit de toilette, parking, laverie, services de massages… Le restaurant Iroha sert des spécialités régionales : riz Koshihikari (コシヒカリ), sakés locaux, fruits et légumes de la plaine d’Echigo, l’arrière-pays de Niigata. Un spot idéal pour recharger les batteries avant d’embarquer pour l’île de Sado.

Si vous vous rendez sur l’île de Sado (佐渡), le point de départ de votre excursion sera le Sado Kisen Terminal (佐渡汽船ターミナル). Un lieu agréable dans lequel vous pourrez flâner un moment à la découverte de ses nombreux restaurants, magasins et installations.

Vous pouvez retrouver mes aventures sur l’île de Sado dans mes articles sur cette merveilleuse excursion hors des sentiers battus à la découverte d’une agriculture responsable, qui m’a permis de découvrir les traditions d’un Japon authentique.

Pour plus d’informations sur Niigata, vous pouvez visiter le site de l’office de tourisme de Niigata, ou vous rendre directement à l’office du tourisme de Bandaiguchi (万代口観光案内所) qui se trouve tout de suite sur la droite à la sortie de la gare de Niigata. Vous y trouverez toutes sortes de brochures, ainsi qu’une petite boutique.

Mesures de prévention de la COVID-19
La plupart des sites touristiques et restaurants veillent au respect des mesures barrière : espacement des tables et/ou parois de plexiglas, gel hydroalcoolique à disposition (et parfois obligatoire pour entrer), caméras thermiques pour la prise de température, marquages au sol pour garantir la distanciation physique… Tous les professionnels accueillant du public portent le masque, à l’instar de la quasi-totalité des Japonais.

Tablée dans un ryokan à Niigata
Tablée avec distanciation sociale et parois de plexiglas, ryokan à Dairoan

Niigata a toujours été tournée vers la mer, par ses activités tant portuaires qu’agricoles. Cette plaque tournante du transport maritime a obtenu ses lettres de noblesse par le commerce, la riziculture, les arts des geigi et le brassage du saké. Niigata vous fera découvrir toute la magie du Japon traditionnel.

Organisé par TOKIMEKI SADO NIIGATA TOURISM ZONE
Article écrit en partenariat avec EDGE OF NIIGATA, Niigata Visitors & Convention Bureau

Marie Borgers

Marie Borgers

Après une préparation intense, la lecture de dizaines de livres et des centaines d'heures d'étude du japonais, j'ai tout quitté pour venir m'installer au Japon, à Nagoya. En tant qu'éditrice et rédactrice, j'aime partager les émotions suscitées par l’évasion, et transmettre la connaissance d'autres cultures, berceau de la tolérance.

Un commentaire

Laisser un commentaire


X