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On connaît l’expression désignant le Japon comme le « pays du soleil levant ». On connaît moins l’origine et la signification de cette fameuse périphrase. Elle a germé sur un terreau à la fois géopolitique, religieux et mythologique. Levons le voile sur les incertitudes liées à l’appellation de « soleil levant ».

Quelle est l’origine de l’appellation du « pays du soleil levant » ?

Avant la naissance de cette célèbre périphrase, les traditions les plus anciennes relatent des expressions liées à la nature pour désigner le Japon en des termes poétiques. Citons toyo ashihara no mizuho no kuni, « terre fertile où poussent en abondance les roseaux au bord de l’eau et où murissent le riz et les quatre autres céréales » ; yamato, « entrée de la montagne » (du nom d’un puissant clan) ; ou, déjà, hi no moto, « l’origine du soleil ».

le soleil se levant sur la côté japonaise de kushimoto
Lever de soleil sur Kushimoto (串本), préfecture de Wakayama ⎪ Photographie : Clémentine

Mais l’expression que l’on utilise aujourd’hui va naître d’une histoire qui débute au début de la période Heian (IXe siècle). La Chine désignait alors les Japonais par les termes probablement peu flatteurs de « peuple des Wa ». On ne sait pas bien si l’idéogramme 倭, wa, signifiait « nains », évoquant la taille des Japonais, ou « soumis » (la Chine ayant alors un certain ascendant sur le gouvernement japonais), en référence à leur tradition du aisatsu, qui consiste à s’incliner pour se saluer ou pour remercier son interlocuteur. Par la suite, les Japonais ont choisi un autre kanji homophone : 和, wa, harmonie.

C’est en réaction à ces termes peu élogieux que les élites japonaises firent émerger de nouvelles expressions, comme « pays d’où sort le soleil », ou « pays de l’origine du soleil ». 

Depuis quand le Japon est-il appelé « pays du soleil levant » ?

C’est au prince Shōtoku que l’on attribue la première utilisation officielle de l’expression « origine du soleil ». Désireux d’affranchir son pays d’une relation d’infériorité par rapport à la Chine impériale, et d’asseoir la place du Japon dans la géopolitique asiatique, il envoya en Chine des missions diplomatiques. En 607, le prince Shōtoku aurait ainsi débuté sa missive à l’empereur chinois Sui Yangdi par la formule suivante : « L’empereur du pays où le soleil se lève envoie une lettre à l’empereur du pays où le soleil se couche. » L’expression « pays du soleil levant » était née.

En parlant du « pays où le soleil se lève » et du « pays où le soleil se couche », le prince Shōtoku donne au Japon une place privilégiée par rapport à l’astre solaire. Tout un symbole !

D’où vient l’adjectif « nippon » pour désigner ce qui est relatif au Japon ?

En japonais, on désigne le Japon par 日本, Nihon, comme le fit en son temps le prince Shōtoku. Ce mot se compose des kanjis 日 (ni, jour ou soleil) et 本 (hon, origine). Il signifie donc « origine du jour », « là où naît le soleil » ; et c’est ainsi que le Japon fut connu, par traductions successives, sous le nom de « pays du soleil levant ».

Au Japon, les dénominations « nihon » et « nippon » varient selon le contexte de l’usage. « Nippon » est plus utilisé dans les documents officiels, tandis que « nihon » est employé dans la vie courante.

Quant au nom « Japon », il est le fruit de la déformation successive des prononciations chinoise et malaisienne, au fur et à mesure de leur transmission jusqu’en Occident le long des routes commerciales.

L’importance de la symbolique du soleil au Japon

Le soleil occupe une place centrale dans la mythologie shintoïste. La déesse Amaterasu (天照), kami ou divinité du soleil, est une figure majeure du panthéon shintoïste. Les empereurs japonais en seraient les descendants, c’est dire la place prépondérante qu’elle occupe. C’est aussi Amaterasu qui aurait offert les Trois trésors sacrés du Japon : une épée, un miroir et un joyau.

Amaterasu (天照), aussi appelée Amaterasu ōmikami (天照大神) (Tensho daijin)

Le bouddhisme, l’autre religion du Japon, accorde lui aussi une place de choix à l’astre solaire. Les thèmes du soleil et de l’illumination sont intimement liés au Bouddha historique Shakyamuni, plus connu sous le nom de Siddhārtha Gautama, qui aurait atteint l’Éveil (aussi appelé l’Illumination). Les fidèles du bouddhisme tentent, au travers de la méditation, de s’identifier à cette figure spirituelle majeure, appelée au Japon « Grand Bouddha solaire Dainichi Nyorai » (大日如来).

Temizu-ya et arbre d'automne dans la lumière matinale
Temizu-ya et arbre d’automne dans la lumière matinale

Que représente le rond rouge du drapeau japonais ?

Le drapeau japonais affiche un disque rouge sur fond blanc. Il fut brandi pour la première fois en 1868 pour l’empereur Meiji, chef de file du shintoïsme (la religion ancestrale du Japon), à l’aube de la restauration de Meiji. En 1870, il fut officiellement adopté comme drapeau national, symbole d’une affirmation identitaire évoquant autant la monarchie que le shintoïsme. Son usage fut entériné par une loi promulguée en 1999.

Le drapeau japonais est appelé 日の丸, hi no maru, « disque du soleil », ou encore Nisshōki, « le drapeau du soleil ». Le disque rouge représente le soleil, mais aussi, et peut-être surtout, la déesse du soleil Amaterasu.

Drapeau du japon, pays du soleil levant
Drapeau japonais, 日の丸, hi no maru

Des polémiques ont donné au hi no maru des connotations négatives aux relents impérialistes et militaristes, notamment depuis le traumatisme de la seconde guerre mondiale. Mais sa force symbolique permit au hi no maru de résister aux assauts de l’histoire.

Signalons aussi le 旭日旗, kyokujitsuki, drapeau du soleil levant, représentant un cercle rouge d’où jaillissent des rayons rouges. Utilisé par les forces d’autodéfense, il fait l’objet de controverses car il est perçu par certains pays étrangers comme le symbole de l’occupation japonaise qu’ils ont subie par le passé.

Arbre d'automne et garçon en hakama dans la lumière matinale
Arbre d’automne et garçon en hakama dans la lumière matinale au sanctuaire
de Kitaguchi Hongu Fuji Sengen-jinja, près de Shizukoa, préfecture de Yamanashi

L’expression « pays du soleil levant » a toute une portée symbolique. Aux origines, elle est liée à une volonté d’émanciper la nation japonaise vis-à-vis de son voisin chinois. Elle accorde une place centrale au soleil, dont la symbolique se retrouve dans les deux religions majeures du Japon, le shintoïsme et le bouddhisme. Des symboles que l’on retrouve jusqu’au drapeau japonais, tout aussi épuré que chargé de sens.

Marie Borgers

Marie Borgers

Après une préparation intense, la lecture de dizaines de livres et des centaines d'heures d'étude du japonais, j'ai tout quitté pour venir m'installer au Japon, à Nagoya. En tant qu'éditrice et rédactrice, j'aime partager les émotions suscitées par l’évasion, et transmettre la connaissance d'autres cultures, berceau de la tolérance.

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