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Bienvenue au cœur du Japon, sur la péninsule de Kii, dans la région du Kansai. Une brise marine souffle sur le parc national d’Ise-Shima (伊勢志摩国立公園), dans la préfecture de Mie (三重県), qui cultive l’image d’un Japon authentique. Sur la péninsule de Shima (志摩半島), la baie d’Ago (英虞湾) est parsemée de criques et d’îlots. Cette baie est avant tout le berceau des ama (海女), ces plongeuses japonaises qui explorent les fonds marins à la recherche de merveilles sous-marines. Cap sur ces villages de pêche traditionnelle où les humains vivent en harmonie avec la terre et la mer.

Croisière en bateau sur la baie d’Ago

La baie d’Ago s’ouvre sur l’océan Pacifique en une ria, vallée fluviale envahie par la mer, parsemée d’une soixantaine d’îles et d’îlots. Kashikojima (賢島) est la plus grande île de la baie. Entre pinèdes et champs épars, elle a conservé son caractère sauvage.

Je me rends dans le port de Kashikojima où mouille l’Esperanza, la réplique d’un galion espagnol du XVIe siècle. Ce navire propose des croisières sur la baie.

Bateau de croisière dans le port de Kashikojima, ville de Shima

Embarquement immédiat ! Entourée par les montagnes et ouverte sur l’océan, la baie d’Ago vous offre un bol d’air frais venu du Pacifique. D’étonnants îlots rocheux sont hérissés de végétation luxuriante. Sur l’eau, on croise des radeaux ostréicoles flottants qui servent à la culture des huîtres perlières. Cette culture est ici une tradition qui remonte à la période de Nara (8e siècle). Les eaux fraîches, calmes et protégées de la pollution n’en sont pas moins ouvertes sur l’océan Pacifique, et sont donc sujettes aux marées : des conditions providentielles, qui font de la baie d’Ago un petit eldorado de la nacre. Les radeaux dessinent des motifs géométriques dans ces eaux paisibles au large des côtes abruptes.

radeau servant à élever les huîtres perlières au japon
Radeaux ostréicoles flottants

Pour embrasser l’un des plus beaux panoramas sur la baie d’Ago, direction le belvédère de Yokoyama (横山展望台), à l’ouest de la ville de Shima (志摩). Le panorama à 180 degrés est grand ouvert sur la baie et son chapelet d’îles.

Perliculture sur la péninsule de Shima et en baie d’Ago

C’est sur l’île aux perles de Mikimoto (autrefois appelée Ojima 相島), au large de Toba, que les premières perles du monde ont pu être cultivées, et quest née la perliculture moderne. Depuis la fin du 19e siècle, l’industrie de la perle prospère sur les côtes de la péninsule d’Ise-Shima en général, et en baie d’Ago en particulier. On y cultive les huîtres perlières d’Akoya, réputées pour fournir des perles de mer de grande qualité : les perles d’Akoya.

Nous accostons sur les pontons de la ferme Pearl Miki, spécialisée dans les perles de culture. Les huîtres perlières sont patiemment élevées dans des filets d’élevage, sur des radeaux amarrés aux pontons, dans des eaux couleur émeraude hautement prometteuses. Ce petit coin au bout du monde est baigné d’un silence tout juste perturbé par le clapotis de ces eaux providentielles.

Au cours du printemps de la 3e année d’élevage de l’huître, la bille nommée « noyau » est greffée dans le mollusque. Une fois cette opération achevée, on ne peut plus ouvrir le coquillage, sous peine de le mettre en danger. Il est nettoyé tous les 10 jours afin de retirer tout ce qui pourrait entraver sa respiration.

Filets de perliculture à la ferme Pearl Miki

Entre décembre et janvier, c’est l’instant de vérité : le moment de la récolte des perles. On en découvre la taille, la forme, le coloris et l’éclat. Plus la perle est volumineuse et claire, plus la culture est risquée pour le coquillage qui l’accueille. Près de 30 % des huîtres donnent de belles perles, rondes et régulières. 1 % d’entre elles peuvent être classifiées comme hanadama, « fleur de perle », reconnue par un label comme le plus haut grade de qualité de perles Akoya au Japon. Entre le moment de la greffe et la récolte, la culture des perles prend près de 2 ans.

Dans l’atelier de sertissage qui sert aussi d’espace de vente, la perle est percée pour pouvoir être sertie. Les perles peuvent être montées en pendentif, en collier, ou en breloque pour bracelet.

Atelier de sertissage et de vente de la ferme Pearl Miki

Outre les perles, on récolte le kaibashira (貝柱, pilier du coquillage), ou pétoncle japonais. Il correspond au muscle adducteur, soit à la partie charnue du coquillage. Ce mets de luxe se déguste tel quel ou en tempura.

Les plongeuses japonaises ama et la plongée sous-marine en apnée

Depuis plusieurs millénaires, la région d’Ise-Shima est le berceau des ama, les plongeuses japonaises. Au pied des falaises, les criques secrètes sont leur royaume. Les ama (海女« femmes de la mer ») plongent en apnée au large de Shima et Toba, souvent vêtues de combinaisons intégrales blanches. Si elles ont marqué l’imaginaire comme les « pêcheuses de perles japonaises », les ama cueillent aussi traditionnellement oursins, algues, langoustes et ormeaux — et ne pêchent désormais plus de perles. Pendant la saison de la pêche, elles plongent dans un secteur déterminé, avec pour tout équipement un panier et un burin.

Plage depuis laquelle plongent les plongeuses japonaises ama, à Shima

Cette tradition millénaire est reconnue comme « Japan Heritage » (日本遺) par l’Agence pour les Affaires Culturelles japonaise. Elle est caractéristique de la préfecture de Mie et des côtes pacifiques du Japon.

L’activité des ama, que l’on surnomme les « sirènes du Japon », a longtemps nourri l’économie des villages de pêcheurs de la région. Mais le réchauffement climatique entraîne une montée de la température des eaux et une raréfaction des coquillages, si bien que ce savoir-faire ancestral est menacé. Le dérèglement climatique, associé à l’exode rural, provoque aujourd’hui le déclin de cette activité. Dans tout l’Archipel, seules quelques centaines d’ama sont encore en activité, et leur moyenne d’âge est de 65 ans. La plongée en apnée est donc une tradition menacée d’extinction, probablement vouée à disparaître tôt ou tard.

Les amateurs trouveront de nombreuses bijouteries de perles dans les rues du port de Kashikojima.

Pour découvrir la culture des ama, nous vous recommandons de déjeuner dans une ama-goya (littéralement « cabane des ama ») où vous pourrez déguster un barbecue de fruits de mer tout en discutant avec des vraies ama. Plus d’informations sur cette page.

Balade à vélo au bord de la baie d’Ago

Enfourchons nos vélos au départ du petit port du bourg d’Hamajima, sur la commune de Shima, où un chemin côtier surplombe l’océan Pacifique.

Ce parcours en bord de mer a pour première escale le sanctuaire shintoïste Hanakake Ebisu (鼻かけえびす), dédié à Ebisu, kami (dieu) des pêcheurs et des marchands. Il se cache dans un bois, sur une colline à deux pas de la mer. Ebisu y est vénéré depuis l’Antiquité. On vient y faire des vœux de prospérité. Dans le secret de la nuit, les pêcheurs viennent prendre un peu de matière au niveau du nez de la statue d’Ebisu, un élément porte-bonheur. Derrière cette statue, des torii vermillon sont jetés en enfilade sur le versant de la colline.

Sanctuaire shintoïste dédié à Ebisu à Hamajima, Shima

Le chemin côtier de Hamajima est surnommé « Bindama Road », du nom des flotteurs de verre utilisés pour la pêche pélagique, qui émaillent tout le parcours côtier.

Selon la saison, un arrêt sur la longue plage d’Oyahama (大矢浜海岸, Oyahama Kaigan), peut s’assortir de l’achat de melons Nanbari (南張メロン) auprès d’un producteur local. La route 260 s’enfonce ensuite dans les forêts et s’élève dans les collines. Dans les hauteurs, à 100 m d’altitude, l’observatoire d’Isobuemisaki (磯笛峠) offre un panorama à 180 degrés sur l’entrée de la baie d’Ago et le Pacifique. Par temps clair, la vue porte jusqu’aux montagnes d’Odaigahara (大台ヶ原山, Odaigahara yama). Les ema, plaques de prières, sont ici des coquillages : un indice supplémentaire rappelant que nous sommes dans une région héritière d’une longue tradition de pêche — notamment à la bonite et au thon. L’observatoire est orienté plein sud, et les rayons du soleil se reflètent sur les eaux en mille éclats de lumière. On dit que le soleil couchant apporte ici sa moisson d’argent…

En retournant vers Hamajima, ne manquez pas la statue du homard Ise Ebi, symbole de Hamajima (浜島). Ce joyeux crustacé est coiffé de grandes antennes, et décoré de bindama.

Statue représentant un homard Ise Ebi, symbole de la ville d'Hamajima
Le joyeux homard Ise Ebi, symbole de la ville d’Hamajima

Le tekone-zushi, un plat de pêcheurs

La péninsule de Shima étant une région de pêcheurs, il n’est pas surprenant d’y retrouver une cuisine à base de sushi appelée sushi-meshi (すし飯).

Spécialité de la ville de Shima, le tekone-zushi (てこね寿司, sushi pétri à la main) est une spécialité locale de sushis, à base de filets de bonite (ou de thon rouge) marinés dans de la sauce soja, et servis sur un lit de riz vinaigré. C’est un chirashi sushi ちらし寿司, un « sushi éparpillé », variante du sushi traditionnel. Le principe de ce plat convivial est que le riz sert de lit à un amas d’ingrédients de garniture joliment agencés.

Ce sushi est dit « facile » (kantan sushi) en raison de sa simplicité de préparation. Il a été inventé par les pêcheurs, qui cuisinent avec les moyens du bord. Le plat est pétri à la main, et consommé à même les barques et chalutiers.

Le Umihozuki (Musée maritime) propose des ateliers de cuisine. On y découvre que le dressage de ce plat se fait selon un ordre bien précis. Le lit de riz est parsemé de sésame. Puis on dépose les filets de bonite marinée découpés en sashimi, et enfin de fines lamelles d’omelette japonaise, appelée kinshi-tamago (錦糸卵). On saupoudre le tout de feuilles de shiso (pérille) émincées, de lamelles de gingembre mariné, et de feuilles d’algues nori. L’ensemble donne une jolie palette de couleurs.

Le plat est servi dans un sushi oke ou hangiri. Ce récipient circulaire en bois de cyprès est destiné à l’assaisonnement et au service du riz vinaigré, le riz à sushis.

Fabrication de sandales zori en joncs japonais igusa

Derrière le littoral s’étendent des paysages champêtres. Ici et là, des champs de joncs épars dorés par le soleil dansent dans la brise et ploient sous le vent. Endémiques de la région, ces joncs japonais (juncus effusus), aussi appelés igusa (い草), poussent sur des sols marécageux comme autour de l’étang d’Oike, au sud-est de Shima. Ils servent à fabriquer les tatamis, ainsi que les zori (草履), les sandales japonaises. La paille d’igusa est en effet reconnue pour ses vertus bactéricides et fongicides.

Dans son atelier de Shima, Hiromi Kitamura fabrique des zori en tressant l’igusa. Le tressage des joncs reprend le même principe que la couture. On tresse, puis on resserre en compressant les entrelacements de paille. La professionnelle à l’œuvre nous fait une démonstration des mouvements du tressage avec virtuosité. Une fois entièrement tissées, les semelles sont égalisées à l’aide d’un petit maillet de bois, car tout l’enjeu est d’arriver à une symétrie des deux zori.

Quant aux lanières, elles sont faites de chutes de kimonos. Elles sont fixées à la semelle par de nouveaux tressages. Pour faire passer la lanière à travers la semelle, on utilise une sorte d’épingle à nourrice en bambou.

Pour fabriquer une paire de zori, il faut entre 1h30 et 2h. Les sandales sont adaptées à l’humidité du climat japonais, car elles laissent circuler l’air autour du pied.

Hiromi Kitamura à l’œuvre, fabriquant une sandale zōri

Informations pratiques

Comment se rendre dans la baie d’Ago

En train

Au départ de la gare Nagoya (名古屋駅), la ligne de train Kintestu Limited Express, qui parcourt toute la région du Kansai, rejoint Kashikojima (賢島) en 2h environ.

En bateau

Depuis le port de Kashikojima (賢島港), on rejoint la ferme Pearl Miki (パール美樹) en 25 minutes, et le port de Hamajima (浜島港) en 35 minutes.

Au départ du port de Kashikojima, le galion Esperanza propose une croisière de 50 minutes, avec arrêt dans une ferme perlière. 1600 yens par adulte.

L’Esperanza dans le port de Kashikojima, ville de Shima

Journée à vélo avec Bicycle Journey Ise-Shima

Bicycle Journey Ise-Shima propose de vous faire voyager à vélo à Hamajima. Ce parcours partant du chemin côtier jusqu’à la route 260 est accessible à tous les niveaux. Il peut se faire en vélo cyclo-cross ou en vélo à assistance électrique. La journée, de 8h à 14h10, comprend une croisière en bateau, la location du vélo et du casque, les frais de guide, un atelier de préparation de tekone-zushi et le déjeuner au Umihozuki (海ほおずき, Musée maritime). Distance : 10 à 15 km. Dénivelé maximum : 47 mètres. 10 000 yens (hors taxes) par personne.

Vélo électrique de Bicycle Journey

Le Quintessahotel Ise-shima

Au cœur de la ville de Shima, entouré de paysages naturels, l’hôtel Quintessahotel Ise-shima (ホテルクインテッサホテル伊勢志摩) allie confort et fonctionnalité. Chaque chambre double occidentale a sa propre décoration et ses couleurs. L’hôtel dispose aussi de chambres traditionnelles japonaises de 8 à 10 tatamis, avec chaises zaisu et futons, pour expérimenter l’art de vivre à la japonaise. Un onsen avec sauna est également disponible.

À table, sur tatami ou au comptoir, le restaurant Nasuka sert de la cuisine traditionnelle japonaise d’Ise-Shima. Le buffet de petit déjeuner laisse le choix entre nourriture japonaise et occidentale.

Repas au restaurant Nasuka du Quintessahotel Ise-shima

Plus d’informations sur Ise-Shima

Retrouvez plus d’informations sur la baie d’Ago et sur Ise-Shima en visitant le site Internet de l’office du tourisme d’Ise-Shima. Vous pouvez également retrouver des circuits touristiques à Ise-Shima organisés sur ce site.

Pour plus d’informations concernant les ateliers autour des perles et du sertissage, et de la fabrication de zori, visitez ce site.

Pour plus d’informations sur l’excursion à vélo à Hamajima et la découverte de la cuisine traditionnelle locale, visitez ce site (uniquement en japonais). Plus d’informations par email en écrivant à cette adresse : information@bicycle-journey.com.

Vous pouvez parcourir mon article sur ma découverte du bain de forêt dans la vallée d’Osugidani en compagnie d’un ermite japonais.

La baie d’Ago et ses côtes accidentées sont un paradis de l’aquaculture — pêche et perliculture —, et le berceau des ama, les plongeuses japonaises qui explorent les fonds marins en apnée. La région se découvre aussi côté terre, à vélo, au fil de ses sentiers côtiers.

Article écrit en partenariat avec CHUBU DISTRICT TRANSPORT BUREAU et Central Japan International Airport Promotion Council

Marie Borgers

Marie Borgers

Après une préparation intense, la lecture de dizaines de livres et des centaines d'heures d'étude du japonais, j'ai tout quitté pour venir m'installer au Japon, à Nagoya. En tant qu'éditrice et rédactrice, j'aime partager les émotions suscitées par l’évasion, et transmettre la connaissance d'autres cultures, berceau de la tolérance.

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