fbpx Skip to main content

Née le jour du solstice d’hiver, je me suis toujours sentie à ma place durant les journées courtes et froides de l’hiver. Même durant l’été, mon attrait inébranlable pour cette saison me faisait souvent voyager loin des destinations au climat chaud, pour explorer, par exemple, le Svalbard, où se trouve la ville la plus septentrionale du monde et où les températures estivales dépassent rarement 5°C ; ou encore partir à la découverte de l’Alaska, où se couvrir d’un bon manteau en juillet n’est pas facultatif mais bel et bien une nécessité. Je prends souvent de longues vacances durant l’hiver pour partir en quête de magnifiques paysages enneigés partout dans le monde. Mais rien ne m’avait préparé à la spectaculaire beauté de l’hiver dans la ville de Semboku (仙北市), dans la préfecture d’Akita. Chers lecteurs, je vous ouvre aujourd’hui mon cœur pour partager avec vous cette beauté qui m’a tiré des larmes de joie durant mon voyage dans ce pays des merveilles de l’hiver.

un onsen japonais au milieu d'une forêt recouverte de neige

Voici le journal de voyage de ces trois belles journées hivernales passées à Semboku, qui se trouve à Akita, l’une des six préfectures de la région du Tohoku. Il existe bien des raisons de visiter Semboku, que cela soit ses forêts denses traversées de chemins de randonnée, Tawazako, le lac le plus profond du Japon, des villes historiques de samouraïs, des stations de ski de classe mondiale, et ce qui s’avère être possiblement les plus agréables onsen enneigés du Japon. Cela fait de Semboku la destination hivernale rêvée, celle-là même que nous promettaient tous les contes d’enfants se passant en hiver ; un nid douillet au sein de terres enneigées, où l’on peut admirer de superbes paysages hivernaux depuis un chalet confortable, ou mieux encore, depuis des bains onsen.

bain onsen japonais entouré de neige à Semboku

Mon voyage à Semboku débuta à Kakunodate — l’un des arrêts de long de la ligne d’Akita Shinkansen — que l’on peut rejoindre depuis Tokyo en trois heures seulement, et se termina à Tazawako.

Kakunodate : une ville de samouraïs très bien préservée dans la préfecture d’Akita

Kakunodate (角館) est une des villes de samouraïs du Japon. Demeurée relativement inchangée depuis sa création en 1620, durant l’époque d’Edo (1603-1867), on y retrouve encore aujourd’hui l’atmosphère typique de cette période féodale. De nos jours, la vie quotidienne se mêle harmonieusement à l’architecture traditionnelle de Kakunodate, dont les bâtiments historiques servent encore de lieu de vie et de travail aux habitants de la ville.

L’ambiance y est si authentique qu’on s’attend à croiser à tout moment des citadines se baladant dans les rues ou se rendant à une cérémonie du thé vêtues de leurs kimonos. L’époque d’Edo est peut-être bel et bien révolue, mais visiter les quartiers historiques de Kakunodate en kimono reste une activité très populaire.

Où louer un kimono à Kakunodate ?

Kimono Tabi Shanari, qui se trouve dans l’ancienne rue marchande, propose des kimonos à la location, que les visiteurs peuvent réserver en ligne. La location d’un kimono s’accompagne d’un service d’habillage, grâce à un kimono sensei qui vous habille littéralement de la tête aux pieds, c’est à dire des épingles à cheveux aux chaussettes tabi. Découvrir les méticuleuses étapes qui permettent de revêtir un kimono et prendre conscience des efforts que cela demande m’a permis d’apprécier à un tout autre niveau l’art du port du kimono.

Pour profiter pleinement de votre kimono, rien de mieux que de se promener dans le quartier de samouraïs et de s’imaginer vivre durant l’époque d’Edo. Six des nombreuses résidences de samouraïs qui longent la rue Bukeyashiki sont ouvertes au public.

Visiter la plus ancienne des résidences de samouraï de Kakunodate

La résidence Ishiguro fait partie de ces résidences de samouraïs qu’il est possible de visiter, et il s’agit même de la plus ancienne demeure de samouraï de Kakunodate. Les descendants directs de la famille Ishigura vivent encore sur place et ont préservé l’apparence du bâtiment depuis le XIXe siècle. Ouverte tous les jours entre 9h et 17h, la résidence de samouraïs Ishiguro vous offre le décor idéal pour vous plonger dans l’époque d’Edo.

La demeure comporte quatre différentes entrées, à l’époque réservées aux différentes catégories de visiteurs qui y étaient accueillis. L’une d’entre elles était destinée aux invités de marque comme des officiers de haut-rang du clan de samouraï au pouvoir. Les autres servaient au maître de maison, aux autres membres de la familles, et aux serviteurs.

La maison, spacieuse et très bien préservée, comporte une grande salle d’exposition où l’on peut découvrir des armures, des vêtements, et des livres ayant appartenu à la famille Ishiguro, dont des extraits du premier livre d’anatomie publié au Japon en 1774 : Kaitai Shinsho de Sugita Genpaku.

Dégustation de sauce soja japonaise

Historiquement, Kakunodate était divisée en deux quartier principaux : le quartier des marchands et le quartier des samouraïs. Je me suis donc ensuite dirigée vers le quartier des marchands pour y visiter la brasserie de sauce soja et de miso Ando. L’activité de la brasserie prend toujours place dans ses bâtiments d’origine, construits en 1883 et inscrits parmi les propriétés culturelles de la ville de Semboku.

Différentes sauces soja dans une brasserie artisanale du Japon
Dégustation de sauce soja à la brasserie Ando

Cette brasserie historique appartient à la famille Ando, qui vit dans la région depuis le XVIIIe siècle. Une brasserie vieille de 160 ans qui se distingue par des méthodes de brassage artisanales, et un engagement à n’utiliser que des produits naturels, sans y incorporer aucun additif.

L’importance patrimoniale du bâtiment est en soi une excellente raison de visiter la brasserie, mais la découverte des méthodes de fabrication du condiment le plus utilisé du Japon, suivie d’une session de dégustation, s’avère tout aussi intéressant. Le processus nécessite de la patience et un contrôle permanent, surtout lorsqu’on utilise, comme dans la brasserie Ando, des méthodes traditionnelles et non automatisées. Une fois que le soja et le riz sont mélangés et que commence la fermentation, la période de stockage peut durer jusqu’à un an, au cour duquel un contrôle doit être réalisé quotidiennement, avant que la sauce ne soit prête à la consommation.

Poupées japonaises artisanales exposées lors de Hina Matsuri

J’ai visité la brasserie à la mi-janvier, et j’ai pu y admirer la collection familiale de poupées artisanales qui était exposée à l’occasion du Hina Matsuri, une journée de célébration des petites filles. La collection s’est agrandie progressivement, dès qu’une fille naissait dans la famille, ce qui la rend particulièrement impressionnante. On peut découvrir cette collection de poupées de janvier à mars dans la brasserie Ando.

Décor international et cuisine japonaise au restaurant Hyakusuien

J’hésite à vous parler de ma dernière halte à Kakunodate, ne serait-ce que pour ne pas vous gâcher la surprise qui vous y attend si vous vous y rendez. Dans un pays où l’ambiance d’un restaurant peut retenir l’attention de ses clients autant que sa cuisine de première classe, le restaurant Hyakusuien mérite une mention spéciale.

L'entrée d'un restaurant japonais sous la neige

Cet établissement emblématique de Kakunodate renferme 420 ans d’histoire au sein d’une ancienne maison qui appartenait autrefois à un matagi, les chasseurs traditionnels de la région. Le propriétaire actuel est un ancien diplomate, comme en témoignent les reliques et peintures venues du monde entier que l’on trouve dans le restaurant, à l’exemple de magnifiques tapis iraniens.

Le restaurant propose une cuisine traditionnelle japonaise très appréciée, dont des plats locaux de la préfecture d’Akita, et est ouvert tous les jours pour le déjeuner et le dîner (réservation nécessaire).

Tazawako : séjour à la ferme, balade en raquettes, et bains onsen addictifs

Je me suis rendue ensuite à Tazawako — une région abondante en nature vierge, et abritant le lac de Tazawa (田沢湖, aussi appelé Tazawako), profond de 423 mètres, ce qui en fait le lac le plus profond du Japon. J’ai déposé mes bagages à la ferme de Sounosuke, près du lac, désireuse de partir tôt le lendemain matin pour explorer la région.

Après avoir été chaleureusement accueillie par les charmants propriétaires de cette ferme à l’ambiance très familiale, je me suis installée dans une confortable chambre de style japonais munie de grandes fenêtres offrant une vue sur les champs enneigés. Sachant que les repas sont l’un des aspects les plus agréables des hébergements traditionnels japonais, je fus heureuse de voir l’horloge indiquer 18h, l’heure du dîner.

Le repas était composé d’un nabe de poulet, de légumes de saison, et de plantes sauvages, ainsi que d’un assortiment de poissons cuits et crus. Une délicieuse manière, à la fois chaleureuse et revigorante, de terminer la journée.

Faire une balade en raquettes à Tazawako

Après un petit déjeuner japonais matinal et copieux à 7h du matin, j’étais prête pour la journée à venir : explorer les forêts de hêtres des alentours du lac Tazawa en raquettes.

Une personne entrain de faire des raquettes au milieu d'une forêt enneigée au Japon
Balade en raquettes à Tazawako

Faire des raquettes est l’une des activités idéales pour profiter des paysages hivernaux du lac de Tazawa, car on peut explorer ses forêts denses à un rythme lent qui permet d’admirer la nature. Il existe de nombreux sentiers qui mènent à des points de vue dégagés surplombant le lac de Tazawa.

J’ai pris part à la visite guidée en raquettes proposée par la Semboku City Rural Experience Association qu’il est possible de réserver en ligne. Les connaissances aiguisées de mon guide et sa passion contagieuse pour cette région firent toute la différence. Notre pose café/chocolat chaud devant l’un des points de vue fut enrichie par ses récits à propos des chasseurs d’ours qui patrouillent régulièrement dans le coin, munis de raquettes de style japonais.

Après une marche de deux heures dans la neige, il était temps de déjeuner. Aoni Sansou Ryokan, une auberge récemment rénovée qui se trouve tout près de Mizusawa Onsen, propose de savoureux plats pour le déjeuner, servis dans un environnement moderne et lumineux. Je fus enchantée par son nabe à la viande, et par l’ambiance du lieux, mêlant l’atmosphère des izakaya à des aménagements modernes.

Menu du déjeuner dans un restaurant japonais, composé d'un nabe à la viande

Les bains d’eau thermale paradisiaques de Mizusawa

Quelques minutes après le déjeuner, je me retrouvais plongée dans les eaux thermales du bain extérieur de Mizusawa Onsen. Les bains sont approvisionnés avec les eaux de source venues des collines du mont Akita-Komagatake (秋田駒ヶ岳), à 1000 mètres d’altitude. L’eau, riche en soufre et en calcium, est connue pour ses propriétés curatives. L’accès en journée coûte 600 yens par personne.

Une jeune femme se baigne dans un onsen japonais entouré de neige

Confortablement installée dans ces eaux aux couleurs accueillantes et entourée de vapeur dense, j’avais quelques réticences à quitter le bain intérieur pour sortir m’exposer à l’air glacial de l’hiver. Mais une fois décidée, j’ai immédiatement ressenti ces frissons addictifs dont on fait l’expérience lors de la transition entre les températures froides de l’air et la chaleur des eaux du onsen, reproduisant à l’inverse les sensations du sauna finlandais (où l’on passe d’un sauna à des eaux froides).

Nyuto Onsenkyo : là où prennent vie les rêves d’hiver

Mizusawa Onsen était le premier onsen dans lequel je m’arrêtai lors de ce voyage, un échauffement pour ma destination suivante : Nyuto Onsenkyo, un rêve devenu réalité pour l’amoureuse de la nature et des onsen que je suis. Je m’y étais déjà rendue durant la saison des momiji et j’attendais depuis, avec impatience, d’avoir l’occasion d’y retourner en hiver.

La région abrite sept établissements thermaux nichés dans les forêts denses de Nyuton Onsenkyo. Les cinq établissements ouverts durant l’hiver sont suffisamment proches les uns des autres pour faire le tour des différents onsen de la région, d’autant plus que chaque établissement puise ses eaux dans des sources différentes, et chaque bain offre donc une expérience unique.

En marchant sur un sentier étroit bordé d’épais murs de neige pour rejoindre Karakonoyu, à Ganiba Onsen, j’étais persuadée d’avoir déjà été témoin de toute la beauté de Semboku. Mais j’ignorais alors que ce sentier me mènerait au plus beau paysage hivernal que j’allais avoir vu de ma vie. La cabane en bois où je me rendais, bordée d’un bassin d’eau fumante, donnait l’impression d’un décor de carte postale soudain matérialisé, brouillant les frontières entre imagination et réalité. Ce spectacle était si fascinant que j’ai bien peur qu’il ait placé la barre incroyablement haut pour mes futures escapades hivernales.

Taenoyu Onsen se trouve à côté d’une cascade, le long de la rivière Sendachi. Cet établissement mêle, lui aussi, la beauté du paysage et les eaux curatives des onsen. Il est connu pour ses installations thermales et son service parfaitement représentatif de l’omotenashi — l’hospitalité japonaise. Même durant ma courte visite, j’ai eu l’impression d’être la personne la plus choyée du monde, grâce au personnel souriant qui me saluait dès qu’on m’apercevait et m’offrait du thé et des sucreries pendant que je profitais de la vue sur la rivière.

L’hôtel Kyukamura Nyuto Onsen est l’un des points de chute les plus confortables pour explorer la région, et c’est là que j’allais passer la nuit. L’hôtel est pourvu d’installations modernes tout en proposant une expérience rustique des onsen grâce à ses grands bains intérieurs et extérieurs. On y bénéficie également de chambres spacieuses et d’un repas de style buffet, qui propose un assortiment soigneusement sélectionné afin de convenir à tous, quels que soient ses goûts ou préférences alimentaires.

Bain onsen intérieur d'un hotel japonais à Semboku

Faire la tournée des onsen est une activité très prisée des visiteurs, qu’ils ne viennent que pour la journée ou qu’ils passent la nuit sur place. Il est possible d’acheter, dans toutes les auberges, un pass pour 1800 yens permettant de se rendre dans tous les établissements de la région durant la journée. La navette Yumeguri-go est également couverte par le pass. Ce bus, qui ne sera pas difficile à repérer grâce au bain rotemburo en bois qu’il transporte sur son toit, fait la navette entre les différents onsen cinq fois par jour durant la saison hivernale.

Un bus japonais surmonté d'un bain onsen roulant sur une route enneigée

Bien que je vous recommande de passer au moins une nuit dans la région, toutes les auberges proposent également un forfait permettant de déjeuner et d’accéder à leurs bains onsen pour les visiteurs qui ne restent pas dormir.

La station de ski de Tazawako : la fameuse « japow »

J’ai terminé mon voyage à la station de ski de Tazawako, où la coupe du monde de ski acrobatique s’est tenue à de nombreuses reprises. Il s’agit de l’une des destinations idéales pour découvrir la fameuse « japow », la poudreuses japonaise, qui attire chaque année des skieurs du monde entier.

Un  skieur sur les pistes de la station de ski de Tazawako

La station compte plus de dix parcours différents, adaptés à tous les niveaux. Si vous n’êtes pas tenté par le ski, vous pourrez vous essayer à la motoneige, une manière exaltante de dévaler les pentes sans effort et de découvrir les paysages magnifiques dont profitent les skieurs.

Les visiteurs qui ne désirent pas se rendre sur les pistes passeront également un agréable moment dans cette station, où ils pourront apprécier de magnifiques paysages de forêts enneigées et des vues dégagées du lac Tazawa lorsque le temps le permet.

On y trouve de nombreux aménagements, comme le restaurant Shirakaba (ouvert tous les jours à partir de 9h et jusqu’à 30 minutes après la fermeture des remontées mécaniques) qui propose de savoureux menus pour le déjeuner. On peut y déguster des udon, du curry japonais, des soba ou des ramen, pour faire le plein d’énergie avant de repartir sur les pistes.

Pour une ambiance différente, vous pourrez également vous rendre au Lounge Kuromori, à côté de Shirakaba, pour y déguster des plats et des boissons dans un établissement ressemblant à un pub (ouvert tous les jours sauf le mercredi).

Comment se rendre à Semboku

Semboku est l’une des rares villes japonaises à être desservie par deux arrêts de Shinkansen. La ligne Akita Shinkansen, au départ de la gare de Tokyo, s’arrête à Kakunodate (pour un trajet de 3 heures et 10 minutes) et à Tazawako (2 heures et 51 minutes). Un vaste réseau de bus fait la navette entre les principales destinations de la région, comprenant notamment Kakunodate, Tazawako, et Nyuto Onsenkyo.

J’ai découvert à Semboku la destination rêvée pour passer l’hiver, celle que je cherchais depuis longtemps. Il s’agit du lieu idéal pour profiter de toutes les joies de l’hiver, en profitant, en toile de fond, de paysages dignes de cartes postales.

Article écrit en partenariat avec la ville de Semboku
Traduit de l’anglais par Joachim Ducos

Burcu Basar

Burcu Basar

I am Burcu. Originally from Istanbul, Turkey and a resident of Tokyo, Japan since 2019. I am currently doing my PhD in Japan in an area which miraculously combines my profession - law, with my passion - national parks. I can often be found in national parks all over Japan where I tend to take too many photos. The two things that I love the most about Japan are its nature and intriguingly dark literature.

https://bizarrejourneys.com

Laisser un commentaire


X